Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !

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dimanche 22 février 2015

INTERMÈDE À CALCUTTA



 
À l’époque où j’écrivais le poème ci-dessous, nous n’avions ni mail, ni blog, ni site internet. Nous étions au siècle passé. Je ne résiste pas à l’envie de vous le publier ici à Calcutta, près de 20 ans plus tard ; nous étions alors à la fin des années 90 ! Ce texte n’a aucune prétention, si ce n’est que de décrire une émotion ! Ô Souvenir ! Il s'agit bien d'un intermède, pensant aujourd'hui au futur des enfants des bidonvilles !

 
Ô CALCUTTA !

Ô émouvante ville, gris amers faubourgs !
Laideur grisaille des bidonvilles !
Qu’ont-ils fait les hommes de ce coin de Terre ?

Ô misère, chaleur torride dans la poussière !
La presque mort couchée à même la terre !
Qui laisse gémir de faim les mères et leurs enfants ?

Je rêve que l’amour raisonnable me rende visite et s’attarde au fond de moi. Je rêve du sentiment des désespoirs qui s’effacent ! Je rêve que mon amour pour les enfants des bidonvilles soit une graine de lotus ou de moutarde que Bouddha ou Christ m’auraient donné ! Je rêve que cet amour devienne une fleur immense, un arbre pour que les oiseaux du ciel viennent dans les bidonvilles construire leur nid. Je rêve de vivre comme je rêve !

Au travers de mes lucarnes voilées qui me laissent transparaître des formes nobles et cruelles du quotidien de la Terre, je cherche à comprendre le regard des enfants déshérités, cet autel de douleurs d’une rare beauté !

Je me lève le matin avec l’amour endormi dans sa blanche inconscience et je sais que c’est à moi de le réveiller, quel que soit le pied sur lequel je me suis engagé, quel que soit la couleur du ciel, la consistance de mon petit déjeuner, quel que soit le lieu où j’irai travailler, l’endroit où je vis sur la Terre ! Alors, je pense aux enfants de là-bas, les enfants de la Terre ! Les enfants de Calcutta !

Par la fenêtre du regard, cette irrésistible invitation à voir et être vu, j’observe le monde, j’observe les autres ; j’aperçois dans ma tête les allures guindées d’un défilé, les génuflexions de fidèles en piété, l’empressement d’hommes d’affaires, une stressante fourmilière d’êtres humains ! Et je vois dans mon cœur les enfants dans leurs pauvres quartiers de misère !

Dans tous les regards qui se croisent, je ressens l’essence de l’amour et de la haine entre les hommes, essence subtile, essence invisible chargée d’une myriade de particules qui alimentent des millions de milliers d’instants ; ces instants où la joie et la peine, la compassion et l’ignorance, le calme et le bruit, les rires et les pleurs deviennent un simple résultat, une banale conséquence qui véhiculent la vie dans sa légèreté et sa douleur !

Et puis, je rencontre les Enfants !  De leurs souffrances à leurs cris de jeunesse, d’ici jusqu’à là-bas, d’hier à aujourd’hui, combien de raisons ai-je donc de les aimer ? Ils sont vivants, ils chantent, ils pleurent ! Vers eux, je souhaite aller !

MS/1997

 
Calcutta a changé, comme le monde a changé ; ni plus ni moins, ni oui ni non. Les bidonvilles sont toujours là ; certains ont été rasés, d’autres sont sortis de terre. Les enfants sont toujours dans les gares, la misère rôde dans des quartiers, le bonheur est encore trop loin !


Durant la semaine qui vient, je vous parlerai de Jaldharmath, un bidonville où nous gérons une école.

Avec mes pensées les plus chaleureuses.


Martial Salamolard pour ECOLES DE LA TERRE
(à Calcutta depuis hier 20 février 2015)


- la 1ère photo est tirée de www.grand-prix-photo-reportage.parismatch.com/2010   
- la 5ème de www.ob.org
- les 3 autres sont d’Ecoles de la Terre - Delhi
 




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