Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !

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dimanche 29 mars 2015

NOS ÉCOLES AUX SUNDARBANS ET L’OCCASION D’UNE RÉFLEXION SUR LE BIEN-FONDÉ DE NOS ACTIONS



Cela fera bientôt 10 ans que nous soutenons des enfants dans les îles des Sundarbans sous l’égide d’ "Ecoles de la Terre Welfare Society" [ci-après EDLT WS]. Je profiterai de rappeler qu’EDLT WS est l’organisation pendante de notre ONG à Genève qui s’appelle, comme vous le savez tous, également "Ecoles de la Terre" ;  nous pourrions appeler cette dernière "Ecoles de la Terre Association Genève" [EDLT AG]. Qu’est-ce que je viens vous enquiquiner avec ces expressions et  autres abréviations ! C’est bon j’arrête !

 
Parmi nos écoles des îles, l’une d’entre elles, Purba Bhubaneswari, a même été construite et inaugurée par nos soins il y a de cela 12 ans, en 2003. Tout d'abord gérée par l’organisation de Calcutta CRDS [Children Rights Development Service], nous l’avons prise sous notre aile en 2010, CRDS ayant depuis cessé ses activités dans les îles.

 
Ce sont 5 écoles réparties sur 5 îles différentes que nous soutenons à bras-le-corps. Elles accueillent un peu plus de 1200 enfants. Nombre d’entre vous les connaissent déjà, puisque chaque année j’ai le bonheur de vous en parler, de rappeler leur  existence, leurs caractéristiques ; de relever les mouvements, les progrès réalisés, les entreprises envisagées, d’autres plans mis en œuvre ou alors les projets déjà atteints. En d’autres termes, c’est plutôt de l’évolution de notre action sur le terrain dont nous souhaitons vous entretenir.

 
Ces écoles, je les ai visitées à plusieurs reprises, comme chaque année. L’école de Srifaltala est la plus proche de la petite ville de Raidighi, où nous avons notre centre pour l’Etat du Bengale.


Celle de Purba Jata se situe sur l’île de Jata que l’on peut atteindre par la terre grâce à la construction d’un pont qui la relie à Raidighi depuis quelques années déjà.

 
Quant à notre école de Naba Kishalay, elle se trouve sur l’île de Kultali, dans le village de Sonatikari. Nous nous y rendons par bateau, un service continu d’allées et venues étant assuré durant toute la journée.

 
Nos deux autres établissements scolaires se trouvent sur les îles les plus lointaines. Elles ont pour noms, Purba Bhubaneswari, sur l’île de Bhubaneswari et Ramar Patshala sur l’île de Ganga Sagar. Pour ces deux écoles, il faut bien compter une grosse journée pour pouvoir les visiter et passer un moment avec les enfants. J’ai donc choisi à plusieurs reprises la solution d’y passer des nuits, chez l’habitant, afin de pouvoir disposer d'un peu plus de temps.

 
Le moment est venu de rappeler ici une question que me posait, il y a quelques jours de cela, Kalendra Pratup Singh que je rencontrais à Bodhgaya dans le Bihar. Kalendra est journaliste au "Jainik Jagran", un quotidien lu dans tout l’Etat du Bihar [plus de 100 millions d’habitants ; Wikipédia en annonce 104 millions]. Il me disait ceci ; « après toutes ces années passées à travailler pour l’éducation, comment peux-tu évaluer le résultat de ton travail » ?


Dans un premier temps, j’avais senti dans ses propos comme une pointe d’ironie, un soupçon de doute quant à la pertinence et la portée d’une action missionnaire, au sens laïc du terme bien entendu, telle que la nôtre ! Je m’étais sans aucun doute trompé, n’étant pas toujours apte à distinguer la bonne de la mauvaise critique.


Oui, car bien souvent nous essuyons des critiques qui ne nous laissent pas indifférents. Selon qu’elles viennent d’Europe ou d’ici même en Inde, elles n’ont bien sûr pas la même saveur. Dans les deux cas elles peuvent nous blesser ou alors nous remettre sur pied ; tout dépend de leur degré de sournoiserie, de perfidie ou de mensonge. Les 1ères sont du type " pourquoi ne t’occupes-tu pas pas des enfants de ton pays, il n’y a pas assez de misère ici, tu te donnes de la peine perdue, tu n’y arriveras jamais, le gouvernement ne fait pas son travail, etc … ", les 2èmes ont plutôt trait à l’indifférence, l’inappétence, l’impiété ou le mépris ; elles se caractérisent par le silence, l’ignorance de la chose vécue. Ceci étant, ces deux genres de remarques se recoupent parfois.


J’avais finalement compris le sens de la question de Kalendra ; elle n’avait pas une once de mépris ; elle avait plutôt le goût de la prudence ou de la circonspection. Je pris donc l’exemple des Sundarbans puisque je revenais à Bodhgaya, tout frais de mon séjour dans les îles sauvages ; j’y ajoutais bien sûr mon expérience du Bihar vieille de plus de 15 ans puisque je m'y trouvais.

 
Je lui dis donc que « nous travaillons dans des endroits tellement isolés que personne ne souhaite s’y rendre. Si nous entreprenons des actions en faveur des enfants et leurs familles, c’est à leur demande et d’un commun accord que nous démarrons un programme.

 
J'ajoute que depuis le temps que nous sommes sur place, nous pouvons en effet mesurer l’étendue de notre action. Les élèves sont devenus adultes et ont pu entreprendre de véritables démarches professionnelles ; certains sont en études supérieures, d'autres dans des hautes écoles ou à l’université ; d’autres sont devenus enseignants dans nos propres écoles. Les jeunes filles ayant suivi la filière de l’apprentissage ont ouvert leur propre atelier, en ville ou dans leur village.


Et puis je lui rappelle qu'il y a les actions conjuguées. Notre travail s’inscrit dans un effort qui marie l’action d’éducation, de formation et de santé aux incidences sociales et économiques qui peuvent toucher les communautés concernées. C’est pour cela que notre programme "santé & hygiène" fonctionne depuis les premiers jours, que notre plan de construction de stations de purification d’eau a vu le jour ; c’est encore pour cette raison que notre programme de "micro crédit" rencontre un si grand succès auprès des mères de famille, que les petites entreprises ont proliféré dans des dizaines de villages aux Sundarbans et au Bihar » ; telle fut en résumé ma réponse à la question de Kalendra.

 
Soutenir l’exercice du droit à l’éducation, à la santé et à une vie domestique décente ne représente rien d’autre qu’un droit universel, apolitique, areligieux ; il n’est assujetti à aucune frontière, ni aucun dogme qu’une quelconque morale voudrait bien imposer.


Mes Chères Amies, mes Chers Amis, je vous remercie de votre soutien ; je me tiens à votre disposition, aujourd’hui, demain, pour poursuivre avec vous ce panel de causerie et/ou de controverse. Je vous envoie de Jaisalmer, dans le Rajasthan, où je viens de me poser pour quelques semaines, mes pensées les plus chaleureuses ; en espérant que le printemps vous a rendu visite. Amitiés.

 
Martial Salamolard
Pour ECOLES DE LA TERRE

vendredi 20 mars 2015

DANS LE MONDE DE L’OR BLANC, L’EAU DOUCE PREND PARFOIS L’HABIT D’UN CADEAU DU CIEL !





L’eau salée ne manque bien évidemment pas dans les archipels des Sundarbans du Bengale indien et du Bengladesh. Elle se fait plutôt menaçante dans les circonstances climatiques que le monde entier doit certainement connaître. Le réchauffement, que d’aucuns prédisent persistant et croissant tout au long de ce siècle, laisse même craindre le pire, je veux dire l’immersion d’une partie de ce paradis sauvage !

 
J’en ai déjà parlé au cours de ces dernières années mais je ne peux pas ne pas y revenir ne serait-ce qu’un instant, à titre de rappel. Certaines îles du sud, très exposées à l’appétit vorace de l’Océan indien, ont été immergées et vidées de leurs habitants ; d’autres risquent de devoir suivre ce processus naturel inquiétant.

 
Il s’agit bien d'une question d’équilibre entre l’eau de mer salée et l’eau douce propre à la consommation quotidienne des familles. Si l’eau est par nature une ressource abondante en termes de volume, je dois par contre préciser que sur la totalité de l’hydrosphère planétaire, l’eau de mer salée représente le 97,5% de ce volume et l’eau douce 2,5% ; voilà le constat à la fois simple et quelque peu terrifiant.

 
Il y a comme une sorte de paradoxe de l’eau qui rôde tout autour de ces terres des Sundarbans classées au patrimoine mondial de l’humanité. L’eau dite douce est indispensable à la vie et l’eau salée, toute proche, l’est tout autant pour l’équilibre « Terre – Mer » de notre écosystème. Le problème est que parfois l’une, et c’est malheureusement presque toujours l’eau salée, prend le dessus sur l’autre dans des zones dites sensibles. De mauvaises conditions météorologiques peuvent venir renverser le cours normal des choses et détruire les cultures de toute une région. Parlons d’un tsunami si le pire advenait !

 
C’est ce qui se passe parfois dans les Sundarbans. Après le passage d’un ouragan ou d’un typhon, un genre de phénomène pas si rare ici, les cultures en croissance peuvent être détruites en un rien de temps ; je dirais même deux fois rien ! Une source d’eau douce peut subitement devenir impropre à la consommation, parce qu’insuffisamment protégée ou alors beaucoup trop exposée à la surface du sol.


Afin de parer à ces inconvénients très fréquents en périodes de grosses pluies ou de mousson, il a fallu prévoir des systèmes d’accès à l’eau potable et des solutions de conservation et de stockage. C’est en quelque sorte un cycle de l’eau potable qu’il s’agit de gérer. Mais, toutes les sociétés n’ont pas les mêmes moyens économiques pour créer les conditions d’accès à l’eau potable, puis de les conserver, voire les préserver !


C’est comme un défi qui nous est lancé par la nature et les conditions climatiques qui nous sont imposées ici. Face à cette situation que nous connaissons depuis bientôt 10 ans dans les régions de nos écoles, nous avons opté pour la solution des puits, une variante parmi d’autres, telles que la récupération des eaux de pluie, le traitement des eaux ruisselantes et de surface, la désalinisation de l’eau salée, voire d’autres.


 La récupération des eaux des nappes souterraines est donc la solution que nous avons retenue ; je dirais la solution "par la force des choses", cette pratique ayant cours en ces lieux. Chacune de nos écoles est au bénéfice d’un puits foré tout près des bâtiments.

 
Et puis vient le soutien de la Fondation Cédric Martin de Puplinge, à Genève. Dans notre rapport du 11 avril 2014, à la suite de notre séjour qui venait de s’achever en Inde, nous écrivions ce qui suit. « L’impossibilité d’accès à une eau de qualité pour une bonne partie de notre population nous a amené à développer un véritable programme de purification.

 
Grâce à la Fondation Cédric Martin qui nous sensibilise et nous informe sur ce sujet depuis de nombreuses années, nous sommes à même d’entreprendre, fort de son soutien financier, la construction de stations de purification à l’intention des écoles et des villages d’Ecoles de la Terre ….. ».


Et aujourd’hui vient l’heure d’un premier bilan, positif, encourageant, enthousiasmant même. Comme prévu il y a une année, 2 stations ont été construites et fonctionnent aujourd’hui parfaitement, pour le plus grand bonheur des élèves de leurs familles et des autres habitants vivant aux alentours de ce nouveau point d’eau géré par nos soins.

 
Au courant de l’été  2014, notre station de Sreefaltala purifiait ses premiers litres d’eau ; depuis décembre dernier celle de Purba Jata lui emboîtait le seau. Je ne reviendrai pas ici sur les étapes techniques de  la purification proprement dite. Je l’ai déjà fait au cours de nos blogs 2014 consacré à ce sujet ; cependant, je le referai certainement à l’occasion d’une présentation future dans le but de préciser quelques points et en rappeler d’autres.


Je souhaite plutôt vous parler ici des conséquences qu’une telle "révolution" a retenti sur la vie des familles. Elles sont nombreuses ; elles sont de caractère biologique, psychologique et économique aussi. D’une capacité de traitement de l’ordre de 2000 litres d’eau à l’heure, nos machines peuvent ainsi satisfaire aux besoins de tous les habitants, sans restriction de quantité. Il va sans dire que l’eau traitée et purifiée est destinée à la consommation domestique des ménages ; son utilisation concernera donc l’eau à boire, "drinking water" et l’eau nécessaire à la gestion alimentaire des familles.


D’un point de vue biologique, nous sommes intéressés à déterminer l’effet que l’absorption d’une eau dorénavant pure peut avoir sur la santé des personnes. Il est bien sûr un peu tôt pour en tirer les premières conclusions ; avec notre service de santé, nous avons déjà fixé quelques critères d’analyse afin de voir quel est l’impact sur l’amélioration de la santé de nos élèves ainsi que des membres de leurs familles.
 

  
D’un point de vue psychologique, nous avons tous observé l’effet positif sur le moral des habitants qui n’ont de cesse de louer les bienfaits d’une eau pure et son absorption sans arrière-pensée ni souci du lendemain. Ce que nous considérons comme une "valeur ajoutée" à nos programmes d’éducation, d’hygiène et de santé, ne peut dans un avenir proche qu’inciter les familles à s’investir davantage encore dans ces programmes, les programmes d’Ecoles de la Terre.


D’un point de vue économique, cette nouvelle structure engendrera bien évidemment un surcroît de charges opérationnelles qu’il s’agira de gérer dans un futur proche. Notre staff a déjà organisé une série de meetings d’information à l’intention des familles afin de les sensibiliser sur cet aspect des choses et les inviter à prendre en charge la maintenance des stations de traitement, leurs stations de traitement !


Pour ce qui concerne nos 2 premières machines, les résultats sont pour le moins encourageants. Un compte bancaire a été ouvert pour assurer la maintenance des stations d’épuration. Chaque mois, chaque famille participe ainsi à l’approvisionnement du compte. Nous allons pouvoir nous auto-gérer et assurer ainsi la continuité !

 
Associés à l’ensemble de nos interventions en faveur des familles les plus pauvres de cette région des Sundarbans, ce nouveau programme "Eau" représente pour nous un effet conjugué qui doit pouvoir « multiplier » ce que nous faisons déjà.  Il apporte une plus-value en matière d’hygiène et de santé, un sujet d’action concrète auquel nous tenons au plus haut point !

 
Et puis le soudain avenir 2015 sonne déjà à notre porte, comme un présent promis pour les mois qui viennent ! Je veux vous parler de la suite du projet « Eau » 2015. Trois stations de purification d’eau sont ainsi au programme et verront le jour grâce à la Fondation Cédric Martin !

 
La première est en phase de construction à notre centre de Raidhigi, la bourgade où nous gérons notre bureau central Ecoles de la Terre pour les Sundarbans. Nous construisons en ce moment un bâtiment qui organisera une série d’activités pour les femmes de la région. Espace de micro crédit, salles d’apprentissage, ateliers de fabrications sont prévus dans ce nouveau complexe. Une station de purification d’eau est prévue pour desservir ses participants et tous les habitants environnants.


Deux autres constructions de « Water Treatment Plants », telles que nous les appelons ici, « stations de traitement de l'eau », sortiront de terre au cours de cette année 2015 ; tout d’abord celle de Naba Kishalay, notre école du village de Sonatikari sur l’île de Kultali ; ensuite celle de Purba Bubhaneswari, notre école la plus lointaine sur l’île de Bhubaneswari.


J’aurai l’occasion dans un tout prochain blog de vous présenter à nouveau toutes nos écoles des Sundarbans. Elles sont belles et joyeuses, pauvres et prometteuses. Les enfants sont là, préparant leur avenir comme une fleur au printemps ; le printemps de l’espoir, un risque à prendre ; le printemps de l’avenir, une envie de vivre à connaître ; un printemps avec de l’eau douce et pure !


Je vous embrasse toutes et toutes qui avez pris le cœur et le temps de vivre ces moments que j’ai eu bonheur à vous écrire, ou plutôt à vous décrire !



Avec mes pensées les plus chaleureuses.
Martial pour ECOLES DE LA TERRE