Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !

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NOUS FAISONS UN CLIN D'OEIL À LA FONDATION COROMANDEL QUI NOUS SOUTIENT POUR TOUS NOS PROGRAMMES DEPUIS TANT D'ANNÉES. NOUS SOMMES ICI À SUNBEAM PRIMARY SCHOOL AUX PORTES DU DÉSERT DU THAR AU RAJASTHAN ET NOUS LUI TÉMOIGNONS DE TOUTE NOTRE GRATITUDE. ECOLES DE LA TERRE LE 8 OCTOBRE 2018

dimanche 30 avril 2017

LE MICRO CRÉDIT ET L’AIDE HUMANITAIRE … LA GRANDE QUESTION DE L’AUTONOMIE !




Comme me le dit William Mellgren de la Fondation CUF, notre sponsor et notre conseiller de toujours, il s’agit de bien savoir où Ecoles de la Terre se situe sur la ligne de la charité ! En effet, cette interrogation est pour nous cruciale. Elle préfigure la question qui est de comprendre si nos actions de soutien à l’éducation, à la santé et à l’aide sociale, ont des vertus d’efficacité plutôt que de charité !


L’adage du pêcheur et du poisson est sans doute sur les lèvres de nombre d’entre vous ; il est dans notre esprit chaque jour et inspire chacune de nos actions ; mais encore faut-il correctement l’interpréter. Il est certain que ce proverbe, plutôt attribué à Confucius, retient chez Ecoles de la Terre une grande attention. Cette maxime nous dit  que "lorsqu’un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson".


Certaines critiques à cet adage chinois peuvent se résumer ainsi. La femme et l’homme, à qui on pourrait proposer une formation à la pêche sont absents de cette expression. Et je rajouterai une question à cet avis ; que veut cette femme, que veut cet homme ; que pense-t-elle, que pense-t-il ? Est-ce qu’elle souhaite, est-ce qu’il souhaite apprendre à pêcher ? Nous nous sommes donc posé la question et nous l’avons posée sur le terrain de nos programmes à celles et ceux que nous soutenons à travers nos divers programmes d’éducation, de santé et de soutien économique.  Nous organisons des rencontres avec les parents de nos élèves, des meetings avec les mères bénéficiaires de notre programme de microcrédit, des réunions avec les utilisateurs de nos services sanitaires. Lors de tous ces rendez-vous les questions relatives à l’acquisition du savoir et des compétences sont régulièrement présentées, traitées puis négociées.


Vous aurez bien compris qu’Ecoles de la Terre souhaite plutôt enseigner que seulement donner, sans compter les effets sur l’avenir, sans tenir compte du développement inhérent au don, à l’aide et à l’assistance. Nous mettons l’accent avant tout sur la collaboration, la coopération, sachant bien que dans nos activités, celles-ci prennent de l’ampleur si les faits de donner et de recevoir sont issus d’un objectif commun, améliorer le sort des enfants et de leurs familles, changer le cours des choses pour une population pauvre et nécessiteuse.


Je souhaite rappeler ici le sens du proverbe bien connu du "pêcheur et du poisson" en prenant pour critère d’appréciation notre programme de microcrédit. Et je profite ici de citer une variante à cet adage ; certains disent que "si nous donnons un poisson à un homme, il mangera un jour ; si nous lui apprenons à pêcher, il mangera toujours". Ce proverbe, enveloppé de variantes, traite indiscutablement de la question de l’autonomie, question également cruciale pour Ecoles de la Terre ; je vais jusqu’à dire que la question de l’autonomie, en tant que liberté et volonté d’une population de se financer et s’administrer elle-même,  représente pour nous la pierre angulaire qui se doit de singulariser et marquer notre mission.
    

Depuis le début de l’année 2010, nous avons mis sur pied notre programme de microcrédit que nous appelons aussi "Earning Education", une expression difficile à traduire en langue française ; nous proposons l’interprétation suivante : "l’épargne et l’investissement des populations pour le financement de l’éducation". Ce programme, que nous présentons en détail dans notre site internet et notre blog de voyage, consiste à octroyer de petits crédits aux mères de famille des villages et des zones suburbaines où nous œuvrons. Ces mères bénéficiaires de prêts, une fois sélectionnées par le staff responsable d’Ecoles de la Terre, travaillent et s’auto-choisissent en groupe de 5 afin de favoriser l’esprit de solidarité et promouvoir une plus grande efficacité.


Au cours de ces 7 dernières années [2010 à 2017], plus de 15'000 mères ont disposé et profité des crédits d’Ecoles de la Terre afin de démarrer et/ou développer leurs petites entreprises familiales. J’observe avec bonheur et  j’ai le plaisir de vous informer que la totalité, le 100%, des prêts accordés ont été remboursés dans les 3 États où le programme est déployé, l’Ouest Bengale [les Îles des Sundarbans], le Bihar et le Rajasthan. 2'500 familles, sous la direction gestionnaires des mères, bénéficient en permanence du soutien proposé par notre programme de microcrédit. Près de 100'000'000 de roupies indiennes [1'700'000 Francs Suisses] ont été mis à la disposition de ces mères afin de lancer et développer leurs entreprises familiales et monétiser leurs villages, jusqu’alors dépouillés de tout flux financier.


Notre ferme volonté, c’est de passer des actions de charité à l’accès à l’autonomie et de pouvoir au surplus mesurer l’impact sur l’investissement engagé ; autrement dit, être à même d’évaluer, puis de calculer le bénéfice social généré pour les communautés soutenues. Par bénéfice social [social benefit], nous comprenons la participation des familles à l’éducation et au développement professionnel [en faveur des filles principalement] ; l’amélioration du statut des mères de familles et l’accroissement des revenus des communautés ; l’amélioration des conditions sanitaires, la maintenance des usines de purification de l’eau et la participation des familles aux charges de santé.


Concrètement, cette démarche éducationnelle, sociale et économique présuppose que nos actions soient considérées comme un "tout", à savoir que nos efforts en matière d’éducation prennent aussi en compte l’état de santé de nos étudiants et s’attachent également à traiter l’aspect économique des familles qui forment la société d’où sont issus nos élèves et  nos apprentis. Je résumerai cette approche en vous disant qu’Ecoles de la Terre met en œuvre ses programmes sous l’angle de la conjugaison des actions et la recherche d’un effet multiplicateur englobant l’étudiant, la famille, le bilan sanitaire et la conjoncture économique des populations pauvres pour lesquelles nous travaillons.


À la faveur de ces efforts et moyennant les produits d’intérêts du programme de microcrédit, pour une large part, de même que la participation des familles au financement des écoles et les contributions naissantes de sponsors indiens, nos dépenses de fonctionnement sont aujourd’hui autofinancées à hauteur de 41% de notre budget de dépenses. En effet, notre budget pour l’exercice 2017-2018 [du 1er avril 2017 au 31 mars 2018] se chiffre à 11 millions de Roupies Indiennes [185'000 Francs Suisses] ; le financement extérieur assuré par Ecoles de la Terre Genève se monte à 65 millions de Roupies Indienne [109'000 Francs Suisse] et l’autofinancement ici Inde se chiffre à 45 millions de Roupies Indiennes [76'000 Francs Suisses]. Sachant que les donations ont tendance à se raréfier en Europe, je pense que nous sommes sur la bonne voie de l’autofinancement intégral des coûts opérationnels [frais de fonctionnement des écoles et des centres]. Le plus vite nous réaliserons notre objectif de l’autosuffisance à 100%, le mieux nous pourrons nous consacrer au financement de nouveaux projets [constructions ou extensions de nouvelles écoles, de nouveaux centres d’apprentissage, de nouveaux collèges, de nouvelles stations de purification d’eau, de nouveaux dispensaires, de nouvelles structures de santé, etc …].


C’est aussi une manière comme une autre de concevoir, d’objectiver puis concrétiser  l’adage de Confucius, repris de bien des façons par tant d’économistes, de philosophes ou autres essayistes … "lorsqu’un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson". Et c’est encore l’assurance d’étendre notre soutien à d’autres enfants,  à d’autres familles, à d’autres populations, tous moins privilégiés.


J’exprime ma reconnaissance à l’égard de celles et ceux qui ont pris le temps de lire ce message ; et je dis toute ma gratitude à celles et ceux qui nous encouragent et nous soutiennent. Avec mes chaleureuses pensées.

Martial Salamolard pour ECOLES DE LA TERRE


jeudi 20 avril 2017

LE BIHAR OU LA DEUXIÈME GRANDE ÉTAPE DE MON SÉJOUR 2017, DÉBUT MARS – DÉBUT AVRIL




Avec plus de 3'000 élèves et apprentis et 1'200 familles associées à notre programme de microcrédit et bénéficiaires de notre soutien social, le Bihar, dans les districts de Gaya, d’Aurangabad et de Rothas, représente notre plus grande branche d’activités en Inde. Cette région concentre les plus grands retards, et par  conséquent les besoins les plus conséquents en matière d’éducation  et de formation professionnelle ; parallèlement le droit des femmes et le niveau de vie des familles ont pâti du même développement au ralenti.


Les actions d’Ecoles de la Terre ont débuté à l’aube des années 2000 par l’ouverture de notre toute première école de villages, du nom de Camijuli, qui accueillait 250 enfants pour sa première rentrée scolaire. Aujourd’hui pour notre branche du Bihar, le nombre d’élèves et d’apprentis a plus que décuplé ; comme d’ailleurs le nombre d’écoles et de centres de formation qui  sont aujourd’hui au nombre de 12. Les effectifs exacts pour la nouvelle année scolaire qui commence en ce mois d’avril sera connu d’ici peu, les inscriptions étant encore ouvertes pour quelques jours.


À travers ce message, je souhaite souligner les éléments forts que j’ai pu discerner lors de mon séjour au Bihar, ce grand Etat au cœur du nord-est indien. Après les premières visites des écoles et des centres, le premier événement marquant fut la « journée de la femme » organisée à notre école de Camijuli, dans le district de Gaya. Je vous parlais de cette manifestation dans mon message du 7 avril dernier. C’était surtout pour nous tous une manière de souligner notre volonté de promouvoir une réelle application des droits des filles, des jeunes filles et des mères de famille.


 Au Bihar, l’éducation, l'enfant pauvre de la politique économique de l’Etat, est le premier programme que nous avons mis en œuvre dès le début des années 2000. En ordre chronologique, Camijuli, Sujata, Jolibigha, Willy Vidalaya, Saraswati, Manjibigha, Bandha pour les écoles et Rudraksha, Dehri-On-Sone, Gaya, Aurangabad et Bake Bazar pour les centres de formation professionnelle, représentent les 12 établissements où nous travaillons. J’ai bien entendu visité toutes ces écoles et ces centres durant le mois de mars dernier. Partagé entre émotion et satisfaction, je confirme ici que l’éducation dans les milieux ruraux est une priorité à faire valoir et à développer. Nous ne sommes bien entendu qu’une goutte d’eau dans le concert des besoins en la matière ; mais nous nous plaisons à faire déborder le vase dès que l’occasion et les moyens matériel se présentent et nous le permettent.


En effet, ce sont bien les moyens matériels et financiers qui nous manquent. Notre statut d’ONG reconnue officiellement par les autorités indiennes nous ouvre certes de nouvelles portes auprès du gouvernement. Dans deux secteurs bien précis, l’ouverture de notre premier collège [pour les niveaux de classe 11, 12 et 13] et la mise en route du tout nouveau programme d’insertion professionnelle [skill development ou l’apprentissage est associé au placement en entreprise], nous venons d’obtenir l’aval des autorités pour gérer ces 2 nouveaux programmes. Dès que ceux-ci fonctionneront, et nous l’espérons au cours de cette année 2017 déjà, nous pourrons compter sur une contribution gouvernementale qui nous permettra de financer une part de nos charges de fonctionnement, jusqu’à présent assurées par nos seuls moyens financiers.


J’ai pu mesurer, au cours de ce séjour au Bihar, la nécessité d’analyser les besoins des populations déshéritées dans leur ensemble. Nos actions en faveur de l’éducation n’ont réellement de sens que si elles corroborent celles de nos programmes visant la santé et la monétisation des activités économiques déployées dans les villages et les zones semi-urbaines. C’est bien pour cette raison-là que nous développons depuis 2010 notre nouveau programme de microcrédit que je vous présenterai dans un tout prochain message.


À l’heure où je termine ce compte rendu de séjour, sorte de bulletin dans lequel j’ai souhaité faire part de quelques éléments les plus marquants que j’ai pu relever, je viens de recevoir les derniers chiffres indiquant le nombre d’élèves et d’apprenties qui nous rejoignent pour la nouvelle année scolaire qui commence en ce moment même. 707 nouveaux étudiants viennent d’être inscrits dans les différentes écoles et centres d’Ecoles de la Terre au Bihar ; ils se répartissent en 411 filles et garçons pour les différentes écoles mentionnées ci-dessus et 296 jeunes filles pour les centres d’apprentissage également cités.


Mon étape suivante se déroule au Rajasthan, dans le district de Jaisalmer, où je me trouve d’ailleurs en ce moment. J’aurai le plaisir de vous en parler bientôt. Ce séjour 2017, comme tous ceux que j’ai vécus depuis les premiers jours, à l’automne 1997, me permet de mieux comprendre les besoins de ces populations pauvres dont Ecoles de la Terre souhaite, à travers ses programmes, améliorer le quotidien et changer ainsi le cours des choses.


Je vous remercie de l’intérêt que vous portez à nos actions et je vous souhaite un beau printemps. Rajesh Kumar, le responsable d’Ecoles de la Terre pour le Bihar, se joint à moi pour vous adresser nos pensées les plus chaleureuses.

Martial Salamolard pour ECOLES DE LA TERRE