Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !

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NOUS FAISONS UN CLIN D'OEIL À LA FONDATION COROMANDEL QUI NOUS SOUTIENT POUR TOUS NOS PROGRAMMES DEPUIS TANT D'ANNÉES. NOUS SOMMES ICI À SUNBEAM PRIMARY SCHOOL AUX PORTES DU DÉSERT DU THAR AU RAJASTHAN ET NOUS LUI TÉMOIGNONS DE TOUTE NOTRE GRATITUDE. ECOLES DE LA TERRE LE 8 OCTOBRE 2018

mardi 22 avril 2014

L'EAU POTABLE ET LA SANTÉ, CE COUPLE INDISSOCIABLE !



Chères Amies, Chers Amis,


Albert Szent Györgi [1893-1986], prix Nobel de médecine hongrois, disait un jour : "l'eau est la matière et la matrice du vivant, sa mère est son milieu. Il n'y a pas de vie sans eau. Nous dépendons d'elle pour notre survie. Elle circule dans nos corps, dans les terres, apportant les nourritures, drainant les impuretés. Elle se transmet, telle les légendes, de génération en génération, des glaciers de montagne aux rivières et aux océans" !


Des êtres humains se battent pour ne pas mourir de soif et d'autres meurent lorsqu'ils boivent de l'eau devenue impropre. Autrefois l'eau faisait encore des miracles, elle jouissait d'une très grande estime dans les religions, les cultures et les traditions ancestrale. Aujourd'hui elle est devenue une ressource banale, un produit de consommation courante. Le mythe de l'eau s'est transformé en molécule ! H2O est devenue une formule de luttes mercantiles ! Mais en tant que source de toute vie sur la terre, l'eau continue de fasciner. Pour s'en persuader, il nous suffit d'entendre les informations nous annonçant la découverte d'eau sur la "lune", sur "Mars" ou sur une nouvelle "Exo-planète", nouvelles sans cesse diffusées dans les médias du monde entier !



En préambule à ce blog, je reproduis ci-dessous le texte d'un document vidéo publié sur "You Tube" par Christophe Cazaubon, le 15 juin 2013. 


Aujourd'hui, "la surface de la Terre, devenue planète bleue, est recouverte de 70% d'eau, dans l'atmosphère, dans les glaces des pôles, dans les mers et les océans, dans les fleuves et les nappes phréatiques. L'eau est partout. Mais la plupart de cette eau est salée ou inaccessible; l'eau douce, celle dont nous avons besoin pour vivre, représente à peine un centième de toute l'eau de la terre, une minuscule gouttelette dans un océan liquide.


Cette eau douce, si rare et si précieuse, les hommes doivent donc apprendre à se la partager. Face aux inégalités entre pays riches et pays pauvres, et à l'augmentation de la population mondiale,  l'accès à l'eau potable est un enjeu majeur pour la planète. L'eau douce, richesse universelle que l'on pensait inépuisable, est devenue l'or bleu du 21ème siècle. Aujourd'hui sur la terre, un homme sur sept ne dispose pas d'eau potable dont il a besoin. Pire, 46 % de la population mondiale n'a pas accès à l'eau courante et 4000 enfants meurent chaque jour d'une maladie causée par une eau de mauvaise qualité.



Que faire pour que chaque être humain puisse accéder à l'eau potable, ressource indispensable à sa survie; environnement, climat, pauvreté, face à la pénurie, résoudre les problèmes d'accès à l'eau exige de prendre en compte de nombreux facteurs. Des hauts plateaux d'Amérique du Sud jusqu'aux déserts d'Afrique, en passant par les îles ou les mégalopoles, chaque lieu impose ses particularités. Pourtant des solutions existent; partout sur la planète, des ingénieurs, des chercheurs, des inventeurs ont appris à traquer l'eau douce, partout où elle se cache, à la purifier pour la rendre potable, à cultiver le sol sans la gaspiller.


La communauté internationale se mobilise. En 2010, pour la première fois, l'assemblée générale de l'ONU  a intégré le droit à l'eau à la déclaration universelle des droits de l'homme; une résolution hautement symbolique dont la concrétisation se fait attendre. Car si la technologie peut résoudre bien des problèmes, les moyens financiers font encore trop souvent défaut.


L'eau, source de vie, est devenue un objet politique. Aujourd'hui au 21ème siècle, chaque être humain de la planète pourrait avoir accès à l'eau potable dont il a besoin. Oui, les solutions existent; la science et l'inventivité des chercheurs les ont mises au point. Reste à présent à y consacrer les moyens nécessaires".




Pour Ecoles de la Terre, l'eau est également devenue un enjeu majeur. Il n'est pas facile de savoir que l'absence d'eau potable est une réalité à l'endroit même où nous nous trouvons; et que, par manque de jugeote, de transparence, de motivation et de bon sens, nous ne nous rendions même plus compte que des personnes voient leur santé et leur qualité de vie gravement diminuées, jour après jour, au fil du temps ! C'est le silence de la misère vécue par des populations qui se taisent. Dans le cadre de nos activités d'assistance, nous pouvons observer que nos élèves et leurs familles souffrent de maladies causées par la mauvaise qualité de l'eau qu'ils ingurgitent quotidiennement. C'est bien la raison pour laquelle de nombreuses organisations de soutien subissent parfois les méfaits de la pauvreté davantage qu'elle n'agissent pour la combattre.




Pour un organisme tel que le nôtre, qui a pour mission première de participer au respect des droits fondamentaux à l'éducation, les questions liées à d'autres causes générant la pauvreté se posent crûment en ces termes ! Qu'en est-il de la santé, de tout ce qui dépend de la qualité de l'eau, en termes d'alimentation, d'hygiène, de salubrité, d'équilibre sanitaire, etc… ! Nous sommes conscients que nous devons apporter notre soutien en tenant compte de tous les paramètres qui provoquent et occasionnent aux populations concernées des circonstances de détresse qui expliquent aujourd'hui leurs conditions de dénuement et d'indigence. Pour l'ensemble des populations que nous aidons dans le cadre "Ecoles de la Terre" [West Bengal : Kolkata & Sundarbans Islands - Bihar : Gaya district & Rothas district - Delhi - Rajasthan : Thar desert], nous observons qu'elles souffrent beaucoup de la difficulté d'accès à l'eau et à son assainissement. L'eau insalubre que boivent les familles et leurs enfants, provoque le paludisme, la fièvre noire, le choléra, la thyphoïde, les diarrhées, les décès par déshydratation d'enfants en bas-âge, etc…




Aujourd'hui les épidémies sont surtout le drame des pays chauds qui ne disposent pas de latrines septiques, ni de traitement des eaux. Et c'est bien notre problème. Dans ces conditions, les matières fécales des personnes malades contaminent rapidement les eaux de boisson consommées par les personnes saines. La grande majorité de la population que nous soutenons n'est pas au bénéfice d'un cycle d'eau de consommation qui permet d'éliminer la transmission de maladies que l'on dit "hydriques". C'est la raison pour laquelle nous mettons sur pied, grâce au soutien de la fondation "Cédric Martin" de Genève, un programme de traitement des eaux [système de purification] pour l'ensemble des villages et des quartiers où se situent nos écoles et nos centres. Nous démarrons ce programme au cours de ce printemps 2014 dans les Îles Sundarbans - Ouest Bengale indien - et vous présenterons, dans notre prochain blog, les caractéristiques du système de traitement que nous avons choisi, ainsi que le calendrier d'exécution des travaux que nous avons planifié.



Avec mes chaleureuses pensées.


Sources des Cartes :

(1) Dépendance des transferts d'eau dans le monde - Le Monde - Atlas mondial - 2009

(2) Prélèvement d'eau douce en % des ressources - F. Lasserre et E. Conon - Manuel de Géopolitique - Editions Armand Colin - 2008

(3) Principaux conflits liés à l'eau - Université de l'Oregon - 2009

(4) Carte mondiale des régions hydro-conflictuelles - ONU PNUD prévisions pour 2025

(5) Carte des pays et régions en situation de pénurie - Source www.futura-sciences.com

(6) Carte mondiale des décès par diarrhée - WHO/OMS 2008



Note : En rapport à la problématique de l'eau, ce texte et ces graphiques ne représentent qu'une gouttelette d'eau dans la mer … Martial



Martial Salamolard pour ECOLES DE LA TERRE

vendredi 11 avril 2014

ECOLES DE LA TERRE - NOTRE RÉCENT SÉJOUR EN INDE - ÉVÉNEMENTS ET RÉFLEXIONS - PREMIER TRIMESTRE 2014

Chères Amies, Chers Amis,


En cette fin de séjour, j'ai le plaisir et l'avantage de retracer ici les faits marquants et quelques moments particuliers vécus depuis la mi-janvier, de même que les actions importantes, peut-être décisives, menées sur le terrain d'Ecoles de la Terre au cours de ce premier trimestre 2014.


Le Reportage du Magazine l'Illustré. Le 16 janvier 2014 nous quittions Genève pour atterrir à Calcutta le 17 au petit matin. Participaient à cette expédition, Christian Rappaz, journaliste à l'Illustré, Christian Lutz, photographe, Rachel Philippoz, membre d'Ecoles de la Terre, ainsi que le soussigné. Nous disposions de 7 jours afin de visiter deux Branches d'Ecoles de la Terre, celle du Bengale et celle du Bihar.




Nous avons vécu une semaine pleine, des jours sans fin, parsemés de mille et une rencontres et tant de sujets nouveaux. Christian Rappaz allait tisser la toile d'un reportage poignant et saisissant pour le magazine "Illustré". Vous le trouvez dans son tirage N° 11 du 12 mars dernier ou sur son website à l'adresse www.illustre.ch (demandez via Google : Illustré et Ecoles de la Terre). Ou encore sur nos pages "Facebook" et tout prochainement sur notre site internet www.ecolesdelaterre.ch. Riche d'un "Edito" émouvant que Michel Jeanneret, rédacteur en chef, nous a gratifié, ce reportage est une reconnaissance marquante que j'apprécie au plus haut point; c'est encore et surtout une carte de visite qu'Ecoles de la Terre ne manquera pas de mettre en avant tout au long des jours et mois qui viennent afin que ce moment de gratitude ne finisse pas dans le panier des gloires éphémères. 


L'entame du traditionnel circuit. En fin de journée du 23 janvier, Christian Rappaz et Christian Lutz s'envolaient pour la Suisse. Rachel restait au Bihar afin d'exercer ses talents d'enseignante et je partais à nouveau pour Calcutta et les Îles Sunderbans afin de passer plus de temps dans les écoles. Oui, passer plus de temps dans les écoles, mais pourquoi donc ! Pour revoir les enfants et leurs enseignants; pour travailler les programmes en cours avec Nando, le responsable, et ses collaborateurs; pour discuter, négocier et préparer la mise en place des nouveaux projets; tout cela comme un refrain que j'entonnais le 24 janvier pour la dix septième fois depuis la "fécondation" d'Ecoles de la Terre, en novembre 1997. Elle est belle la vie; surtout lorsque chaque jour, chaque mois, chaque année, elle recommence, pareille et différente à la fois !




La tournée, les visites, les voyages. Ecoles de la Terre travaille dans 3 Etats de l'Inde subcontinentale [le Bengale Occidental, le Bihar et le Rajasthan] et 2 grandes métropoles [Calcutta et Delhi]. À priori, nous ne pouvons pas dire que nous avons choisi la facilité si l'on considère la distance maximale entre nos deux écoles les plus éloignées. En effet, entre Sunbeam, au village - bidonville de Garfoorbattha, notre école du Rajasthan située au Nord Ouest et Bubhaneswari, sur l'île des Sundarbans de l'Ouest Bengale portant le même nom et située au Centre Est, nous comptons plus de 2'200 kilomètres par la route. Parcourir cette distance en voiture et en moins de 50 heures relèverait d'un impossible exploit; si, tenant compte des arrêts et du sommeil indispensable, vous multipliez ce chiffre par 2 pour parcourir cette distance, alors vous aurez réalisé une réelle performance que je ne vous conseillerai en aucun cas de tenter. C'est donc le train que je vous conseillerai de choisir pour parcourir une telle distance; à moins que vous trouviez, pour une partie du voyage, un ou deux vols internes à moindre prix.




C'est au cours de nos multiples rencontres et visites que nous avons décidé, au fil du temps, de soutenir les enfants et les familles de telle ou telle région. À notre arrivée sur sol indien, en 1997, nous nous rendions déjà dans les îles Sundarbans et prenions en charge le fonctionnement des premières écoles en collaboration avec d'autres ONG indiennes. Pour le Bihar, notre implication date de l'année 2000; pour le Rajasthan, de l'année 2005. Depuis lors, nous n'avons jamais quitté ces lieux et avons toujours développé les structures mises en place.




Au cours de ce séjour 2014, comme toutes les autres années, je me suis rendu dans l'Etat de l'Ouest Bengale, dans les îles Sundarbans [bourgade de Raidighi, îles de Bhubaneswari, de Purba Jata, de Kultali et de Ganga Sagar]; à Calcutta; dans l'Etat du Bihar [villes de Gaya, de Bodhgaya et de Dehri-On-Sone, villages de Pacchatti, de Baiju Bigha, d'Itra, de Bandha, de Manjibigha, de Baheradi de de Nain Bigha]; à Delhi; dans l'Etat du Rajasthan, [ville de Jaisalmer et village de Garfoorbattha] et dans le désert du Thar dans les villages de Rataria Ki Dhani, de Gala Ki Dhani et de Meharajot].




C'est comme une "ritournelle", un refrain au son des klaxons routiers et des sirènes ferroviaires que j'entame ma tournée des écoles, à chaque fois avec le même bonheur, celui de retrouver les enfants, les enseignants, les parents, les habitants, les adeptes et les sympathisants d'Ecoles de la Terre ! C'est une romance que je partage avec les collaborateurs indiens, les membres et volontaires d'Ecoles de la Terre qui se trouvent sur place. Durant ce séjour, j'aurai travaillé avec Rachel Philippoz, Saviana Francioso et Marie Coudray Salamolard. Parfois, nous faisons le même bout de chemin, parfois nous nous croisons; toujours nous nous plaisons à nous retrouver, dans une gare bourrée de gens qui vont, qui viennent, sur une place bondée de milliers de gazouillis, dans nos écoles pleines de couleurs et de bruits d'enfants ! Nous sommes en Inde, un pays à forte densité, comptant près d'un milliard et 300 millions d'habitants et de surcroît turbulent et fortement coloré ! "Bref de trèfle", c'est ainsi, qu'au cours de ce premier trimestre, j'aurai à plusieurs reprises, sur la route, sur les rails et dans les airs, visité toutes nos écoles, nos centres d'apprentissage, nos unités médicales, nos dispensaires, nos centres de micro crédits et nos bureaux; des milliers et des milliers de kilomètres...




Les "chantiers" d'ordre matériel. Près de 6000 élèves et apprentis,  160 enseignants, collaborateurs du micro crédit, employés de bureau et chauffeurs, plus de 8000 prêts accordés aux mères de famille, des dizaines de milliers de contrôles et traitements médicaux assurés annuellement, cela nécessite bien sûr une maintenance et un suivi continus, un fonctionnement quotidien à assurer coûte que coûte; c'est notre tâche quasi journalière, notre devoir de soin, de précaution et de service  !




En plus de cela, il y a ce que nous pourrions appeler "les nouveaux chantiers", les plans à mettre sur pied, les projets à lancer et à contrôler. C'est de cela dont je veux vous parler en cette fin d'éphéméride. Au cours de chacun de nos séjours, j'ai la charge, avec les autres membres d'Ecoles de la Terre présents, de même que certains bénévoles, de faire un point de situation, de dresser une sorte d'état des lieux; puis de déterminer et décider ce qu'il y a de nouveau à concevoir, en terme de projets, d'amélioration ou de correction.




Compte tenu du haut degré de pauvreté qui caractérise les populations et les lieux où nous travaillons, les besoins en la matière ne manquent pas. Si l'on additionne le fait que nos ressources financières sont faibles et limitées, vous comprendrez  que cette tâche est ardue et nécessite des plans d'action précis et échelonnés dans le temps. Le principe de "priorité" prend ainsi tout son sens. C'est la dure loi qui frappe toute démarche, toute conduite, toute entreprise humanitaire de ce type ! Je ne manquerai pas d'ajouter, avant de passer aux "grands chantiers" l'obstacle que représente l'éloignement géographique. En effet, Ecoles de la Terre n'a pas pour vocation de travailler dans les grands centres faciles d'accès. La plupart de nos écoles se trouvent en "zone éloignée", dans des îles pour les Sundarbans, au Bengale, en pleine campagne pour le Bihar et dans le désert pour le Rajasthan ! C'est là que les besoins sont manifestes et urgents; c'est là aussi que la présence d'organisations de soutien se fait rare, voire inexistante ! 




La question de l'eau. L'impossibilité d'accès à une eau de qualité pour une bonne partie de notre population [Ecoles de la Terre] nous a amené à développer un véritable programme de purification. Grâce à la "Fondation Cédric Martin" de Genève, qui nous sensibilise et nous informe sur ce sujet depuis de nombreuses années, nous sommes à même d'entreprendre dès cette année la construction de "stations de purification" à l'intention des écoles et des villages. Nous commençons ces travaux dans les îles Sundarbans [Ouest Bengale] et construirons dès ce printemps 2014 deux stations de purification; la première près de l'école de Purba Jata, qui fournira quotidiennement l'eau potable pour notre écoles et les huit petits villages environnants; la deuxième près de notre nouveau centre d'apprentissage de Raidighi, qui pourvoira aux besoins d'eau potable les bénéficiaires du centre, le bourg de Raidighi et une dizaine de petits villages et quartiers voisins. Notre souhait est d'analyser les points d'eau dominants de nos écoles et de planifier au cours de ces prochaines années la mise en place de stations partout où les besoins sont impérieux. En Inde, où l'eau s'est revêtue d'une puissance purificatrice, il n'est pas facile de sensibiliser les gens sur les dangers d'une consommation immodérée et imprudente.




La question des latrines. Ce sujet n'a peut-être plus l'air de rien dans nos sociétés ultra modernes et sophistiquées. J'ai entendu par-ci par-là cette question; pourquoi l'Inde compte davantage de téléphones [près de 70% de la population] que de toilettes [moins de 50%] ? Oui, plus de la moitié de la population indienne n'a pas accès à des sanitaires de base. Il s'agit là d'un sujet criard que nous souhaitons traiter au plus vite. Notre premier souci est de sensibiliser la population sur ce sujet et lui faire connaître les inconvénients de la défécation dans la nature. C'est toute la question de l'hygiène qui est posée ici; trop de personnes continuent à éliminer sans précautions d'hygiène les excrétas des enfants et se lavent ensuite les mains dans des conditions pour le moins "non hygiéniques". Est directement liée à cette question, celle de la gestion des déchets solides et liquides. Si vous visitez l'Inde vous aurez peut-être l'occasion d'utiliser des toilettes publiques, quand il y en a; et vous aurez vite compris l'ampleur du problème ! Ne parlant que de nos écoles, nous devons bien admettre que nos latrines sont des plus rudimentaires et n'assurent pas toujours  le minimum d'hygiène requis. D'un point de vue pratique la situation est particulièrement délicate pour les filles. Nous devons entreprendre des travaux conséquents pour améliorer les équipements sanitaires afin d'encourager une utilisation durable des nouvelles installations. La question qui nous est posée maintenant est celle de savoir s'il nous faut poursuivre avec le système des "toilettes à eau" ou au contraire opter pour le développement d'un système de "toilettes à sec" ou "toilettes à compost" ! Cette question mérite d'être posée.




La question des bâtiments d'école. Ecoles de la Terre est propriétaire de la majorité de ses bâtiments d'école qu'elle a construit dans le cadre de projets sponsorisés. Dans les autres cas, elle est au bénéfice d'une sorte de droit d'usage lui assurant légalement un droit d'habitation aussi longtemps qu'elle exerce ses activités liées à la scolarisation et à l'apprentissage. La plupart de nos écoles ont été construites au début des années 2000 et nécessitent aujourd'hui certaines réparations conséquentes, notamment en ce qui concerne les toitures et les sols. Ces derniers seront intégralement réparés au cours de ce printemps. Ces travaux sont rendus nécessaires du fait que nous avons récemment lancé notre action "bancs et pupitres". En effet, nous voulons que nos élèves se présentent chaque matin en sachant qu'ils disposent désormais d'un pupitre et n'étudient plus en position "assis par terre" comme c'est encore trop souvent le cas dans les écoles indiennes. Nous nous sommes d'ailleurs rendus compte que nous pouvions recevoir davantage d'enfants avec ce nouveau système d'équipement lorsque l'agencement est correctement organisé. D'ici cet été 2014, la totalités des élèves de notre branche du Bihar [près de 3000] disposeront ainsi de bancs et de pupitres. Cette action est presque terminée pour nos écoles du Bengale grâce à l'engagement de Rachel Philippoz. Elle se poursuivra au Rajasthan dans la foulée. Au cours de 2015, toutes nos classes devraient bénéficier de ce nouveau type d'agencement.




Les autres améliorations programmées. Tout ce qui peut consister à améliorer les conditions de vie de nos élèves doit être envisagé. Nous sommes attentifs à un certain nombre d'autres aspects tels qu'alimentaire et/ou vestimentaire. Nous soutenons certaines familles trop pauvres pour assurer une alimentation correcte à leurs enfants. Une bonne partie des élèves portent déjà un uniforme scolaire et nous veillerons dans un proche avenir à ce que toutes nos classes en soient pourvues.




Les "chantiers" d'ordre structurel.   

Je me réfère principalement à notre dernier "National Meeting" des 9 et 10 mars derniers, rencontre à l'échelle des "branches indiennes" - Bengale, Bihar, Delhi, Rajasthan -, pour évoquer ici les grandes lignes de notre organisation et de notre gestion. Inscrite dans le registre des sociétés indiennes à but social et non lucratif "under Societes Registration Act (XXI) sous le N° S/48804/2007 et sous le nom de "Ecoles de la Terre Welfare Society", nous fonctionnons de façon légale et sommes soumis aux règles du gouvernement indien en la matière. Chaque année, arrêtée au 31 mars - qui correspond à la fin de l'exercice scolaire -, nous remettons au département compétent du ministère des affaires intérieurs de l'Inde, à Delhi, un "audit" effectué par un organe fiduciaire et comptable indépendant et agréé par les autorités. Ledit audit a pour objet l'expertise de la tenue des comptes de l'organisation par un organe neutre. Il représente pour nous un gage de contrôle des plus importants, puisqu'il vise à rapporter sur la qualité et la rigueur de notre gestion comptable et financière.




Au cours de ce meeting, nous sommes arrivés à la conclusion que notre "société" devait se doter d'un "président directeur général" - CEO ou chief executive officer. Notre choix s'est porté sur Rajesh Kumar, l'un de nos actuels responsables de secteur; ce choix qui représente pour nous deux avantages non négligeables; le premier, est celui de pouvoir compter sur une personne qui connaît déjà notre organisation; le deuxième, est de ne pas grever notre budget déjà fort limité.

Notre vision de l'ensemble. Des milliers d'enfants, des dizaines d'écoles et centres d'apprentissage, plus de 150 enseignants et employés, des milliers de mères de familles associées à un programme de petits crédits, des programmes liés à la santé, à l'hygiène et à l'eau, tout cela dans différents Etats indiens, forts de leurs propres cultures et pratiques socio-économiques, aguerris de leur propre histoire et doctrine politique, tout cela représente un beau challenge visant la collaboration et la cohésion ! Tous les responsables des régions - Îles Sundarbans, Calcutta, Bihar, Delhi et Rajasthan - sont unanimes pour dire que cette vision d'ensemble "Ecoles de la Terre" est d'une extrême importance et doit être discutée à chaque rencontre. C'est ainsi que nous avons décidé de porter l'accent pour les mois qui viennent sur un certain nombre de sujets à l'échelle nationale que je vous présente brièvement ci-dessous. Un rapport quadrimestre impliquant toutes nos branches d'activités en Inde sera rédigé et distribué dès le début mai de cette année 2014.




Le contrôle budgétaire à l'échelle globale. Tout d'abord nous voulons "prévoir" afin de pouvoir toujours mieux maîtriser nos coûts dans le futur. Ensuite, nous voulons "budgéter" de façon à établir un rapport entre les objectifs que nous fixons et les moyens que nous devons déployer pour les atteindre. Le budget doit devenir pour nous un instrument de gestion essentiel en rapport aux besoins toujours plus grands [amélioration des acquis, ouverture de nouvelles écoles et centres, développement de nouveaux programmes]. Enfin, nous voulons "contrôler" afin de pouvoir analyser les écarts et projeter nos marges d'autofinancement.




Le développement du micro crédit. Nous sommes en directe ligne du point précédent. Un objectif prioritaire pour Ecoles de la Terre est celui de l'autofinancement des dépenses de fonctionnement de ses programmes d'éducation, d'hygiène et de santé. Dans ce but, l'intégralité des bénéfices des opérations de micro crédit est destinée à financer ces coûts. En cela nous sommes une entreprise; et toute humanitaire qu'elle est, seule une telle approche de gestion peut nous assurer la pérennité de notre action. Ce sujet est débattu lors de chaque meeting et représente un objectif vital que je m'efforce de détailler auprès de chaque responsable d'Ecoles de la Terre Welfare Society. 




Le développement du "fundraising" en Inde. Comment générer en Inde nos propres revenus ? Cette question est à la fois récurrente et toujours plus urgente. Elle fut mise clairement sur la table lors de notre dernier meeting des 9 et 10 mars derniers; un projet d'appel aux dons est mis actuellement sur pied. J'ai bon espoir qu'à fin 2014 de substantielles ressources viendront s'ajouter à nos bénéfices réalisés dans notre programme de micro crédit. L'autofinancement en Inde est à ce prix.




L'accent porté sur l'apprentissage et/ou la formation professionnelle. Dans le cadre du suivi scolaire, nous arrivons vite à la conclusion qu'il faut développer ce secteur pour le moins flou et étrangement structuré dans le système "éducatif" indien ! Observer ce qui se passe en Inde, à la lumière du modèle suisse d'apprentissage relèverait d'un casse-tête chinois ! En Inde, le propre des entreprises n'est pas de proposer l'apprentissage aux jeunes. La formation en général, et l'apprentissage en particulier, ne font l'objet d'aucune unité nationale, voire locale [à l'échelle des Etats]; ce qui revient à dire qu'il n'y a aucune certification officielle comme c'est le cas en Suisse. Le chômage des jeunes [les moins de 25 ans représentent plus de la moitié de la population - environ 60%] reste très important en Inde, et ce malgré la forte croissance économique de ces dernières années; et les filles sont encore davantage affectées par ce phénomène. C'est la principale raison pour laquelle Ecoles de la Terre a ouvert, depuis plusieurs années déjà, des centres d'apprentissage au Bihar.  En Inde, l'offre de formation n'est pas du tout adaptée aux besoins du marché; comme elle n'est nullement structurée, sa qualité laisse à désirer. Cette situation touche davantage les jeunes socialement défavorisés, à commencer par les filles. Nous voyons bien dans ce cas précis que l'accès à l'éducation et à l'emploi n'est pas perçu comme une priorité. Cette seule constatation nous invite à repenser, voire reconsidérer, notre programme "apprentissage" dans le but de le systématiser à l'intention de tous nos élèves, y-compris les garçons. Former les jeunes en Inde n'est donc pas une mince affaire, loin s'en faut. C'est donc avec satisfaction que nous suivons l'initiative de "SWISS VET Initiative India" qui vise à intégrer l'économie privée dans la formation professionnelle [Initiative IFFP - Institut Fédéral des Hautes Etudes en Formation Professionnelle - www.ehb-schweiz.ch]. Nous avons également noté la coopération en matière de formation professionnelle lancée en 2008 par l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT); le but est de former des enseignants en formation professionnelle et des formateurs en entreprise.




L'amélioration des conditions salariales des enseignants et des employés. Si nous considérons le revenu brut moyen par habitant [données 2012, méthode Atlas de la Banque mondiale, 128 dollars mensuel ou 7'680 roupies indiennes; 1'536 dollars annuel ou 92'160 roupies indiennes], nous observons que nous nous situons en dessous de cette "limite". Nous souhaitons relever le niveau de rémunération de nos enseignants et employés, à commencer par les plus bas salaires. Les limites de notre budget explique à lui seul notre lente progression sur l'échelle des salaires. À l'heure où les ratés de l'école publique indienne menacent l'avenir de millions d'enfants [voir le journal Le Monde du 26 février 2014],  les indiens, surtout les riches, sont de plus en plus nombreux à payer pour envoyer leurs enfants à l'école. Le paradoxe, l'inertie, l'hypocrisie et la corruption frappent de plein fouet le système éducatif indien; ce n'est pas d'aujourd'hui bien entendu ! Les enseignants, au pouvoir d'achat parfois 10 fois supérieur à la moyenne du revenu brut, ne sont pas à leur vraie place et s'illustrent par leur taux d'absentéisme; les performances ne sont pas récompensées et dans beaucoup trop de cas les élèves passent automatiquement en classe supérieure, quelque soit leur résultat.




Nous évoluons dans ce concert tourbillonnant et déconcertant du système éducatif indien et devons faire face aux besoins des élèves et des enseignants, sans parler des familles. Nous avons la chance de pouvoir compter dans toutes nos branches d'activité [Sundarbans, Calcutta, Bihar, Delhi, Rajasthan] sur des groupes d'enseignants généreux et solidaires. Notre volonté d'améliorer les conditions de rémunération ne représente donc qu'un "juste retour des choses" pour l'ensemble de nos professeurs.

Avec mes meilleures pensées et mes sincères remerciements pour l'attention que vous nous portez.



Martial Salamolard pour ECOLES DE LA TERRE



Nos deux prochaines parutions :

1. "L'Eau et la Santé, ce couple indissociable"

2. "Le Microcrédit ou le rôle des mères de famille"

jeudi 3 avril 2014

LE DÉSERT DU THAR, LA PAUVRETÉ, L’ÉDUCATION … NOTRE « SPÉCIAL RAJASTHAN » !



 
Bien Chères, bien Chers,

Les écoles de Satya Dey I et II en périphérie de Jaisalmer, celle de Sunbeam au bidonville de Garfoorbattha, celle de Nanjufuji à Rataria village, celle de Vidya Sagar à Gala village et enfin celle d’Uttam Aadarsh à Meharajot village, représentent nos 6 écoles du Rajasthan se situant dans 5 lieux différents pour accueillir environ 800 enfants du désert et des quartiers pauvres de Jaisalmer. Les programmes officiels y sont assurés afin d’offrir à nos élèves un enseignement le plus complet possible et une formation leur permettant de poursuivre leurs études au niveau supérieur.
 Hormis notre mission première visant à instituer une structure d’éducation pour le plus grande nombre d’enfants des villages,  ce sont aussi les conditions de la vie domestique, alimentaire, sanitaire, économique, sociale qui nous occupent, nous absorbent et nous inquiètent parfois, tant la misère est présente et affecte les familles les plus nécessiteuses et malheureusement nombreuses.
Soyons clair et honnête ! Dans le désert du Thar, en Inde et au Pakistan principalement, la sécheresse, la malnutrition et la pauvreté tuent, définitivement ou à petit feu, c’est selon les cas. Cela se passe en silence, pour une fois, deux fois, cent fois, malheureusement loin des « flonflons » médiatiques, des oreilles sanitaires du gouvernement ou des institutions médicales privées qui devraient relayer cette information et participer à l’organisation d’un soutien rapide et efficace. Le 11 mars dernier, des journaux suisses titraient « des enfants meurent dans le désert du Thar ; au moins 62 enfants sont morts durant ces dernières semaines dans une région désertique du sud du Pakistan, où des milliers de personnes sont affaiblies par la malnutrition ». [http://www.20min.ch/ro/news/monde]. Nous noterons que la situation est bien plus catastrophique sur territoire pakistanais. « Solidarité Dalits Belgique annonçait sur son site internet le 19 mars dernier : les humains sont égaux comme les dents du peigne ; une centaine d’enfants dalits morts dans le désert du Thar.  Le réseau de solidarité dalit au Pakistan (PDSN) a exprimé tout récemment ses sérieuses inquiétudes en apprenant la mort de plus d’une centaine d’enfants dans une région désertique de la province de Sind au cours des trois derniers mois. Ces décès seraient dus à une sévère malnutrition des femmes et des enfants vivant dans le désert du Thar, atteint par une sécheresse dévastatrice depuis plusieurs mois ».
Nous revenons tout juste du désert du Thar, côté indien ; la frontière et la politique ne pouvaient pas nous imposer le silence sur une telle catastrophe impliquant une population d’humains vivant sur un même territoire ! Nous vous promettons ici un tout prochain blog, pour ce mois d’avril, sur la frontière « indo-pakistanaise » !
Il y a parfois quelques tentatives de la presse locale qui appelle le gouvernement à intervenir pour les cas les plus extrêmes de sécheresse suivie de malnutrition. Par ci par là quelques organisations humanitaires s’efforcent d’apporter leur soutien ; mais rien de systématique n’a été entrepris à grande échelle jusqu’ici. La pauvreté, la misère silencieuse semblent régner en maître en ces lieux que les touristes amateurs de randonnée en chameaux pourraient apercevoir au loin ! Et encore, les villages se fondent dans les mers de sable et seule une volonté bien déterminée à les découvrir pourrait aboutir à quelque chose ; pour bien sûr autant que les éventuels passants veuillent s’y arrêter un peu, braver le vent et la chaleur, et chercher le regard des gens ! Pour comprendre les villages, il faut y aller car l’Inde véritable, disait le Mahatma Gandhi, ce sont « les villages » ! Merci « Gandhi Ji », grâce à Vous et à la suite de nos nombreux séjours en zone rurale, nous en sommes devenus réellement conscients !
Et l’éducation, comment la mettre en place dans ce contexte ! Difficile ? Non ! Très difficile, laborieux, parfois pénible ! Le Rajasthan est connu comme être le pays des « Maharadjahs », riche d’une histoire et culture millénaires ; vu sous cet angle, il enchantera le voyageur « ethnologue », voire même le touriste de passage. Mais le poids des traditions fait que l’éducation n’est pas, pour plusieurs raisons, la principale préoccupation des familles. Certes, la culture, la musique, la peinture, l’architecture et bien d’autres expressions artistiques, telles que le chant, la danse, etc…, représentent un fleuron que l’histoire retrace à grands traits ; les commerçants du tourisme local ne se gênent pas de les faire valoir dans leurs activités mercantiles. Il n’en demeure pas moins que la pauvreté et la misère ont effacé les effets d’un glorieux passé que les « moins de 20 ans » ne peuvent pas connaître dans un désert séparé en deux ; d’un côté, les vendeurs d’un tourisme lucratif, parfois juteux ; de l’autre côté, une population écartée de ce marché et laissée pour compte !
C’est dans ce contexte pour le moins difficile qu’Ecoles de la Terre a planté ses « sardines », non pas pour monter quelques tentes du désert, mais pour construire et mettre sur pied quelques solides écoles en pierres jaunes afin d’accueillir les enfants des villages. Sans perdre haleine, nous travaillons depuis 2005 dans plusieurs villages du district de Jaisalmer afin d’organiser nos plan de scolarisation. Année après année, nous remettons l’ouvrage sur le métier et nous observons que c’est à ce prix que nous pouvons offrir à la jeunesse de ces lieux un programme scolaire de plus en plus cohérent et adapté. Tout en tenant compte des traditions culturelles rajpoutes, nous constituons lesdits programmes afin d’assurer une éducation la plus complète possible.
Sur le système éducatif d’Ecoles de la Terre au Rajasthan, voir prochainement notre site internet [fin juillet 2014] dans chapitre  « EDLT Education - Ecoles ».
Chères Amies, Chers Amis, merci de nous suivre. Nous vous souhaitons un merveilleux printemps ! Amitiés.
Martial Salamolard pour ECOLES DE LA TERRE

NB : la 4ème photo ci-dessus - en commençant par le haut - est tirée du website www.brujitafr.fr