Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !

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JOUR DE DISTRIBUTION DES NOUVEAUX UNIFORMES À L'ÉCOLE DE NABAKISHALAY À SONATIKARI SUR L'ÎLE KULTALI - WEST BENGAL - INDIA - MARS 2024

lundi 11 février 2013

LA CAMPAGNE REVISITÉE DE NAIN BIGHA



À emprunter les « routes » caillouteuses de cette région rurale du district de Gaya, qui ressemblent  davantage à des pistes de jungle à peine carrossables, je me demande bien si quelque chose à changé depuis ma première visite au printemps 2003, puis la construction de l’école de « Jolibigha » en avril 2004, rebaptisée « Matijoli » depuis l’année dernière. Sise au milieu de jardins potagers, de champs de riz et de céréales, l’école a fière allure comparée aux quelques baraques que nous pouvons voir alentours.


Toujours la même architecture, des maisons de terre séchée, parfois de briques nous rappellent qu’il y a bien de la vie dans cette contrée sauvage. Il faut battre la semelle pour s’en aller visiter les villages que l’on distingue à peine en arrivant ici par la fameuse piste.

 
Et pourtant, nos élèves de « Matijoli » viennent de 7 petits villages avoisinants et parcourent plusieurs kilomètres pour se rendre chaque jour à l’école, du lundi matin au samedi à midi. Certains élèves ne peuvent rentrer chez eux à l’heure du « break » de demi-journée et emmènent leur déjeuner dans un petit bidon à étages que les parents leur ont soigneusement préparés.


Cette région est entièrement à vocation agricole, à tel point que nous tentons de mettre au point, depuis quelque temps déjà, un « programme  d’initiation à l’agriculture » à l’intention des élèves les plus âgés. La ferme pédagogique « Rita » a pour mission de mettre sur pied ce programme constitué de « modules de formation » destinés à les familiariser aux différentes étapes des cultures.


Diverses plantations céréalières et jardins potagers sont aujourd’hui exploités et permettent de retirer un revenu substantiel destiné au développement de la ferme. Une initiation intelligente et raisonnée d'un projet de ce genre pourrait à plus ou moins long terme maîtriser l’exode massif des jeunes vers les villes et les grands centres urbains, un fléau que la terre entière connaît depuis plus de 50 ans.


Au-delà de l’aspect purement pédagogique que nous évoquons ci-dessus, c’est une sorte d’académie agronome que nous souhaiterions installer à Nain Bigha. Nous n’avons pas observé un soutien notoire offert aux agriculteurs locaux qui exploitent leurs terres dans des conditions matérielles désuètes et avec des moyens techniques encore ancestraux. Sans nier leur ingéniosité et leur capacité à produire au mieux selon leurs moyens, il y a fort à parier qu’une aide matérielle et un soutien de formation à des techniques de production plus modernes, tout en demeurant naturelles, augmenteraient sensiblement la productivité de leur travail et leur volume de production.


Cette parenthèse agricole close, je reviens à l’école ! Celle de « Matijoli » accueille aujourd’hui 610 élèves, répartis en 290 filles et 320 garçons. En ces lieux où les traditions sont encore bien présentes, nous avons dû nous battre tout au long de ces dernières années afin de favoriser l’accueil des filles, en essayant de faire comprendre aux familles que l’accession des filles à l’éducation était devenue une nécessité primordiale de l’Inde moderne. Nos meetings avec les parents, destinés avant tout à les sensibiliser sur cette importante question, commence à porter ses fruits.


12 enseignants, qui vivent tous dans cette région du Block de Shergati, assurent le programme jusqu’au niveau de classe 9. Je ne vous cacherai pas que l’éloignement de cette contrée rurale n’est pas sans nous poser quelques soucis du point de vue pédagogique. Nous devons être particulièrement attentifs sur la qualité de l’enseignement et l’aptitude à enseigner. Le soutien  régulier de professionnels venant de Bodghaya et de Gaya imprime petit à petit un bien meilleur niveau de formation des professeurs.


Je me plais à rappeler dans ce Blog notre vocation à aider non seulement les plus pauvres mais encore ceux qui pour des raisons géographiques et politiques sont la plupart du temps oubliés, car exclus des sentiers battus par les instances gouvernementales et les organisations non gouvernementales. Pour Ecoles de la Terre, la diffusion de l’éducation doit aller jusque dans les zones les plus reculées, là où est la vie qui ne demande qu’à s’épanouir et à demeurer telle, dans sa ruralité et son ordre naturel !


Chères Amies, Chers Amis, vous qui nous suivez dans notre périple à travers nos écoles et nos centres, j’ai  à cœur de vous informer au mieux. Je vous remercie de votre intérêt et je me réjouis de poursuivre avec vous cet échange à travers la toile.


Avec mes plus chaleureuses pensées.
Martial Salamolard



Pour ECOLES DE LA TERRE


vendredi 8 février 2013

UNE JOURNÉE AVEC LE « FAMILY PROGRAMME » D’ECOLES DE LA TERRE




Nous sommes le 2 février 2013. C’est le branle-bas depuis les aurores ce matin à Camijuli, pour la journée des interventions de ligature des trompes de l’utérus pour les femmes des villages isolés des campagnes où nous avons nos écoles et le dispensaire.


Notre dispensaire était pris d’assaut et occupé par un grand nombre de femmes, enfants, bébés, pères, accompagnants et bien sûr les mamans qui allaient se faire opérer.


Il y a d’abord toute la mise en place médicale, l’inscription de chacune, tout ce qui va constituer un dossier complet pour chaque femme ; avec analyses : prises de sang, urines, tension, etc... . Il faut aussi leur signature de meme que celle du mari ou d’un représentant de la famille.


Lorsque le dossier est fait avec tous les accords, la future opérée est transférée en salle d’opération : 3 tables en bois recouvertes juste d’un bout de tissu parfois encore poussiéreux ! Chacune attend son tour pour l’anesthésie. Les médecins et infirmières arrivent lorsque tout est en place pour l’intervention qui dure entre 15 et 20 minutes. Les mamans sont braves, les conditions étant on ne peut plus spartiates.

 
Chacun s’adonne à sa tâche, désinfection, préparation du champ opératoire, intervention du médecin, assisté des infirmières qui tiennent les jambes des opérées, et ensuite recousent ce qui a été ligaturé. C’est un travail qui se fait à la chaîne; il y avait 30 mamans aujourd’hui. C’est à chaque fois un grand succès et ces interventions se font plusieurs fois par an.


Tout cela a commencé vers 12h00 pour durer jusqu’à  environ 17h00. Après l’intervention, chaque maman est transportée sur un brancard de fortune portée par 4 à 5 personnes en salle de repos qui est en fait une salle de classe de notre école de Camijuli.


Là, les accompagnants, époux, mère ou autre membre de la famille, ont préparé à même le sol des couvertures pour que les patientes puissent se reposer et se réveiller dans le calme et la tranquillité.


Inutile de vous dire qu’il n’y a pas de lit, ni chemises de nuit ni rien de ce que nous avons chez nous dans un  hôpital, permanence ou clinique. Mais pour elles c’est encore beaucoup mieux que d’aller à l’hôpital de campagne de Camijuli !

 
Les mamans opérées y resteront toute la nuit, accompagnées d’un proche et sous la surveillance d’un médecin. Le lendemain matin, après un dernier contrôle et un petit déjeuner offert par Ecoles de la Terre, elles rentreront chez elles, chacune dans son village respectif.

 
Tout cela se fait à la manière « portes ouvertes », avec les « va et vient » de tous, éclairage à la lampe de poche car les salles sont sombres; ici c’est la cambrouse, « no elecricity » dans cette contrée pour le moins déshéritée.


Je dois vous dire que je suis toute remuée de ce que j’ai pu vivre et voir aujourd’hui; tout cela dans la dignité et le respect, avec les imprévus toujours maîtrisé à « l’indian style ».


Ce que je retiens de notre dispensaire, « Health program » comme on le nomme ici,  c’est qu’il fonctionne depuis 4 ans dans notre annexe de l’école de Camijuli, dans le village d’Itra. Des centaines de femmes ont déjà subi cette intervention. Ecoles de la Terre a pris en compte la nécessité d’agir en matière de programme familial.


Des meetings à l’intention des familles sont organisées régulièrement où la question du contrôle des naissances est à chaque fois à l’ordre du jour. Aujourd’hui, je pense que ce travail commence à porter ses fruits.


Ecoles de la Terre est connu pour son sérieux, ses écoles, compte tenu des moyens a disposition, sont bien tenues et ses professeurs sont là depuis l'ouverture de l'ecole en janvier 2001. De plus, je dois rappeler que nos écoles sont des « free schools » ou écoles gratuites.


Chez Ecoles de la Terre il n’y a que du « social work » , ni  « business », ni jouet humanitaire ; que du concret !

 
Le dispensaire est encore doté d’une pharmacie et d’un médecin qui exerce là en permanence, ce qui permet au Centre d’assurer les consultations pour les gens des nombreux villages avoisinants qui peuvent enfin venir se faire soigner à des conditions défiant toute concurrence.


Marie-Elisabeth Coudray Salamolard


Pour ECOLES DE LA TERRE


lundi 4 février 2013

LE COMPLEXE SCOLAIRE DE CAMIJULI DANS L’IMMENSITÉ DE L’INDE RURALE


Au sujet des photos de ce Blog : merci de noter pour l’instant que les 3 premières photos représentent notre école de Bandha ; les 5 suivantes, celle de Manjibigha, les 8 dernières, celle de Camijuli. Nous distinguerons ci-dessous ces 3 établissements qui constituent le « complexe scolaire de Camijuli » dans le district de Gaya, au Bihar. Au préalable, j’ai jugé utile de rappeler dans ce Blog quelques données relatives à la démographie indienne et quelques éléments caractéristiques propres au monde rural indien.

PETIT RAPPEL SUR LA DÉMOGRAPHIE INDIENNE


Avec une population estimée à environ 1,25 milliard d'habitants, l'Inde est le deuxième pays le plus peuplé du monde, après la Chine. La population est jeune. Malgré la baisse sensible du taux de mortalité, consécutive à un meilleur niveau de vie et à une amélioration de la santé publique dans certains milieux, la fécondité reste encore élevée dans les zones rurales, en partie pour des raisons d’ordre culturel.


La surmortalité infantile des filles, toutefois en régression, est toujours bien réelle, et l'Inde est l'un des rares pays au monde qui compte moins de femmes que d'hommes. Cette situation est très préoccupante, aussi bien pour son équilibre démographique que pour sa stabilité socio-politique. La politique de contrôle et de limitation des naissances, engagée peu après l'indépendance, demeure toujours une priorité pour le gouvernement. Celui-ci a souvent hésité entre l'adoption d'une attitude autoritaire ou la mise en place de campagnes préventives. Nombre d’institutions non gouvernementales, dont la nôtre, ont entrepris des actions concrètes dans le sens de la prévention.


Nous savons qu’il y a une nette corrélation entre le taux d'alphabétisation et la baisse de la fécondité ; mais pour ce qui est de l’Inde, ces efforts demeurent inégaux en ce qui concerne les politiques d'éducation, des femmes en particulier.


PETIT RAPPEL SUR LE MONDE RURAL INDIEN

 

 

L'Inde aux 700 000 villages conserve une très forte tradition rurale. Au moment de l'indépendance, la majeure partie des terres était détenue par un petit nombre de grands propriétaires. Le système de la propriété foncière était à l’aube des années 50 un héritage de la colonisation britannique.


Les Britanniques avaient introduit, dans un pays où la notion de propriété privée n'existait pas, un ou plusieurs intermédiaires [le zamindar ou jagirdar selon les régions] entre l'État, qui collecte taxes et impôts, et l'agriculteur, qui travaille la terre. Le zamindar se contentait de vivre de la rente que lui procurait une terre qu'il ne cultivait pas, reversant une partie des fonds à l'État. L'agriculteur était souvent lourdement endetté auprès de lui, ce qui conduisait à des pratiques proches de l’esclavage. Le gouvernement lança donc une réforme agraire ambitieuse, afin notamment, d'éliminer l'intermédiaire et de redistribuer les parcelles. Celle-ci cependant, n'eut qu'une portée limitée ; les paysans les plus riches purent conserver leur pouvoir et leurs terres, alors que les plus pauvres n'en ont guère tiré de bénéfices. C’est bien pour cela que certains leaders indiens luttent depuis de nombreuses années pour l’amélioration des paysans sans terre ; de grands mouvements, dont celui d’Ektaparishad fondé et emmené par Raj Gopal que nous connaissons personnellement, reçoivent une adhésion massive et une reconnaissance toujours plus forte de la part des autorités indiennes.


Ainsi, à trois quart rurale, la population indienne est disséminée dans ces quelques 700 000 villages sur un territoire six fois plus grand que la France. En ce qui concerne les Etats fédérés où Ecoles de la Terre travaille, nous comptons plus de 40’000 villages pour le Bengale occidental, plus de 45’000 pour le Bihar, plus de 41’000 pour le Rajasthan et plus de 160 pour le seul territoire citadin de Delhi.


CAMIJULI L’ÉCOLE DES 15 VILLAGES

 



Vous pourriez me dire, mais que fait-on dans cette immensité rurale ? Alors j’aimerais vous chanter la ballade bien connue de « la petite goutte d’eau dans l’océan ». L’ensemble de nos programmes – éducation, apprentissage, santé et micro-crédit – pour l’ensemble de nos Branches indiennes concernent toutefois plus d’une centaine de villages ; c’est une goutte d’eau « conséquente » susceptible de faire des vagues !


  
L’école de « Camijuli », ouverte en janvier 2001 dans le district de Gaya, au Bihar, reçoit les enfants de 15 villages relativement proches les uns des autres. Nous avions visité cette région à plusieurs reprises quelques années auparavant et nous nous étions rendu compte du déficit notoire en matière de scolarisation pour les enfants de ces agglomérations. C’est de cette école, bâtie à Itra, l’un de ces 15 villages, dont je souhaite vous parler aujourd’hui. Elle est devenue un véritable complexe scolaire, cela du fait que nous avons dû décentraliser un certain nombre de classes pour les plus petits. Les demandes d’admission ne cessant d’augmenter, nous ne disposions plus assez d’espace pour recevoir décemment tout le monde dans notre premier bâtiment de « Camijuli » à Itra.


C’est ainsi que pour l’année scolaire 2011-2012, nous avons décidé d’ouvrir dans les villages de Bandha et de Manjibigha deux nouvelles petites écoles – sortes de dépendances de Camijuli – destinées à recevoir les plus jeunes élèves – ceux des classes maternelles et ceux de la classe primaire de degré 1.

 
L’idée fut d’offrir davantage d’espace pour les élèves des classes 2 à 10 dans notre bâtiment central, mais encore d’éviter aux plus petits enfants des déplacements parfois trop longs et périlleux ; en effet, certains villages se trouvent à quelques 4 à 5 kilomètres de notre école de « Camijuli ».  Afin de poursuivre dans cette voie, nous envisageons pour les années à venir d’ouvrir de nouvelles dépendances, semblables aux 2 premières, dans les autres villages les plus éloignés.


Le bâtiment principal de « Camijuli School » accueille aujourd’hui 760 élèves, soit 355 filles et 405 garçons. Notre dépendance de Bandha reçoit 170 élèves, répartis paritairement en 85 filles et 85 garçons et celle de Manjibigha, 195 élèves, soit 130 filles et 65 garçons.

 
Le total des élèves de notre complexe scolaire de « Camijuli »  se chiffre à 1’125 enfants, répartis en 570 filles et 555 garçons. Une fois de plus, nous tenons à souligner que nous sommes particulièrement exigeants en matière de répartition « filles – garçons », et pas moins fiers si celle-ci est respectée.  Si les circonstances nous ont été favorables en ce qui concerne la zone rurale de « Camijuli », nous ne pouvons pas toujours en dire autant dans les autres écoles. Dans certaines régions, des traditions enracinées continuent à vouloir favoriser la position du « mâle » dans la communauté ; et il nous faut parfois du temps avant de convaincre les familles de l’absolue nécessité de respecter la parité « homme – femme ». Nous aurons sans doute l’occasion de reparler de ce sujet dans d’autres Blogs.


Après 12 années de vie et d’expérience dans cette région du Bihar, nous percevons l’immense importance d’une structure d’éducation organisée et permanente pour une population comme celle-là. En début du mois de mars prochain, je reviendrai dans ces mêmes lieux avec Françoise Frossard, membre d’Ecoles de la Terre, afin d’analyser plus en détail les incidences d’une telle structure mise en place pour cette population.

 
Chères Amies, Chers Amis, je vous remercie sincèrement d’avoir pris le temps de lire ces lignes. Je vous en suis reconnaissant pour votre intérêt et pour votre patience. Je vous transmets mon plus cordial message.

Bien à Vous Toutes et Tous,
Martial Salamolard 
ECOLES DE LA TERRE