Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !

Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !
AIDE ALIMENTAIRE ORGANISÉE PAR ECOLES DE LA TERRE POUR LES FAMILLES DANS LE BESOIN, ÎLES DES SUNDARBANS, OUEST BENGALE, INDIA, JUIN 2020

dimanche 29 mars 2015

NOS ÉCOLES AUX SUNDARBANS ET L’OCCASION D’UNE RÉFLEXION SUR LE BIEN-FONDÉ DE NOS ACTIONS



Cela fera bientôt 10 ans que nous soutenons des enfants dans les îles des Sundarbans sous l’égide d’ "Ecoles de la Terre Welfare Society" [ci-après EDLT WS]. Je profiterai de rappeler qu’EDLT WS est l’organisation pendante de notre ONG à Genève qui s’appelle, comme vous le savez tous, également "Ecoles de la Terre" ;  nous pourrions appeler cette dernière "Ecoles de la Terre Association Genève" [EDLT AG]. Qu’est-ce que je viens vous enquiquiner avec ces expressions et  autres abréviations ! C’est bon j’arrête !

 
Parmi nos écoles des îles, l’une d’entre elles, Purba Bhubaneswari, a même été construite et inaugurée par nos soins il y a de cela 12 ans, en 2003. Tout d'abord gérée par l’organisation de Calcutta CRDS [Children Rights Development Service], nous l’avons prise sous notre aile en 2010, CRDS ayant depuis cessé ses activités dans les îles.

 
Ce sont 5 écoles réparties sur 5 îles différentes que nous soutenons à bras-le-corps. Elles accueillent un peu plus de 1200 enfants. Nombre d’entre vous les connaissent déjà, puisque chaque année j’ai le bonheur de vous en parler, de rappeler leur  existence, leurs caractéristiques ; de relever les mouvements, les progrès réalisés, les entreprises envisagées, d’autres plans mis en œuvre ou alors les projets déjà atteints. En d’autres termes, c’est plutôt de l’évolution de notre action sur le terrain dont nous souhaitons vous entretenir.

 
Ces écoles, je les ai visitées à plusieurs reprises, comme chaque année. L’école de Srifaltala est la plus proche de la petite ville de Raidighi, où nous avons notre centre pour l’Etat du Bengale.


Celle de Purba Jata se situe sur l’île de Jata que l’on peut atteindre par la terre grâce à la construction d’un pont qui la relie à Raidighi depuis quelques années déjà.

 
Quant à notre école de Naba Kishalay, elle se trouve sur l’île de Kultali, dans le village de Sonatikari. Nous nous y rendons par bateau, un service continu d’allées et venues étant assuré durant toute la journée.

 
Nos deux autres établissements scolaires se trouvent sur les îles les plus lointaines. Elles ont pour noms, Purba Bhubaneswari, sur l’île de Bhubaneswari et Ramar Patshala sur l’île de Ganga Sagar. Pour ces deux écoles, il faut bien compter une grosse journée pour pouvoir les visiter et passer un moment avec les enfants. J’ai donc choisi à plusieurs reprises la solution d’y passer des nuits, chez l’habitant, afin de pouvoir disposer d'un peu plus de temps.

 
Le moment est venu de rappeler ici une question que me posait, il y a quelques jours de cela, Kalendra Pratup Singh que je rencontrais à Bodhgaya dans le Bihar. Kalendra est journaliste au "Jainik Jagran", un quotidien lu dans tout l’Etat du Bihar [plus de 100 millions d’habitants ; Wikipédia en annonce 104 millions]. Il me disait ceci ; « après toutes ces années passées à travailler pour l’éducation, comment peux-tu évaluer le résultat de ton travail » ?


Dans un premier temps, j’avais senti dans ses propos comme une pointe d’ironie, un soupçon de doute quant à la pertinence et la portée d’une action missionnaire, au sens laïc du terme bien entendu, telle que la nôtre ! Je m’étais sans aucun doute trompé, n’étant pas toujours apte à distinguer la bonne de la mauvaise critique.


Oui, car bien souvent nous essuyons des critiques qui ne nous laissent pas indifférents. Selon qu’elles viennent d’Europe ou d’ici même en Inde, elles n’ont bien sûr pas la même saveur. Dans les deux cas elles peuvent nous blesser ou alors nous remettre sur pied ; tout dépend de leur degré de sournoiserie, de perfidie ou de mensonge. Les 1ères sont du type " pourquoi ne t’occupes-tu pas pas des enfants de ton pays, il n’y a pas assez de misère ici, tu te donnes de la peine perdue, tu n’y arriveras jamais, le gouvernement ne fait pas son travail, etc … ", les 2èmes ont plutôt trait à l’indifférence, l’inappétence, l’impiété ou le mépris ; elles se caractérisent par le silence, l’ignorance de la chose vécue. Ceci étant, ces deux genres de remarques se recoupent parfois.


J’avais finalement compris le sens de la question de Kalendra ; elle n’avait pas une once de mépris ; elle avait plutôt le goût de la prudence ou de la circonspection. Je pris donc l’exemple des Sundarbans puisque je revenais à Bodhgaya, tout frais de mon séjour dans les îles sauvages ; j’y ajoutais bien sûr mon expérience du Bihar vieille de plus de 15 ans puisque je m'y trouvais.

 
Je lui dis donc que « nous travaillons dans des endroits tellement isolés que personne ne souhaite s’y rendre. Si nous entreprenons des actions en faveur des enfants et leurs familles, c’est à leur demande et d’un commun accord que nous démarrons un programme.

 
J'ajoute que depuis le temps que nous sommes sur place, nous pouvons en effet mesurer l’étendue de notre action. Les élèves sont devenus adultes et ont pu entreprendre de véritables démarches professionnelles ; certains sont en études supérieures, d'autres dans des hautes écoles ou à l’université ; d’autres sont devenus enseignants dans nos propres écoles. Les jeunes filles ayant suivi la filière de l’apprentissage ont ouvert leur propre atelier, en ville ou dans leur village.


Et puis je lui rappelle qu'il y a les actions conjuguées. Notre travail s’inscrit dans un effort qui marie l’action d’éducation, de formation et de santé aux incidences sociales et économiques qui peuvent toucher les communautés concernées. C’est pour cela que notre programme "santé & hygiène" fonctionne depuis les premiers jours, que notre plan de construction de stations de purification d’eau a vu le jour ; c’est encore pour cette raison que notre programme de "micro crédit" rencontre un si grand succès auprès des mères de famille, que les petites entreprises ont proliféré dans des dizaines de villages aux Sundarbans et au Bihar » ; telle fut en résumé ma réponse à la question de Kalendra.

 
Soutenir l’exercice du droit à l’éducation, à la santé et à une vie domestique décente ne représente rien d’autre qu’un droit universel, apolitique, areligieux ; il n’est assujetti à aucune frontière, ni aucun dogme qu’une quelconque morale voudrait bien imposer.


Mes Chères Amies, mes Chers Amis, je vous remercie de votre soutien ; je me tiens à votre disposition, aujourd’hui, demain, pour poursuivre avec vous ce panel de causerie et/ou de controverse. Je vous envoie de Jaisalmer, dans le Rajasthan, où je viens de me poser pour quelques semaines, mes pensées les plus chaleureuses ; en espérant que le printemps vous a rendu visite. Amitiés.

 
Martial Salamolard
Pour ECOLES DE LA TERRE

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