Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !

Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !
AIDE ALIMENTAIRE ORGANISÉE PAR ECOLES DE LA TERRE POUR LES FAMILLES DANS LE BESOIN, ÎLES DES SUNDARBANS, OUEST BENGALE, INDIA, JUIN 2020

dimanche 8 mars 2015

COMME UN PARFUM DES SUNDARBANS, AVEC UN MÉLANGE DE FRAISES DES BOIS, DES RELENTS DE MANGROVE, DES RENCONTRES AVEC LA MISÈRE & LA RICHESSE ET … QUELQUES STATISTIQUES !

Voir l’Inde d’aujourd’hui



L’Inde brille par ses sens. Odeurs, saveurs, bruits et couleurs vous embrassent de mille feux dès votre arrivée en son sein ! Et si vous ajoutez qu’en matière de toucher, les indiens sont aussi tactiles, vous aurez compris que les sens dansent avec la vie ; celle des jours gris, pas toujours faciles ; celle des grands jours, à tous points subtiles.


Je vous dis deux mots de l’Inde des grands jours ; c’est l’Inde de la fête, de la culture, des grandes traditions et des saris ; celle des « pujas », les cérémonies en l’honneur des dieux, des morts et des vivants ; celle de Gandhi, de Nehru, de l’indépendance ; celle de la démocratie, de l’ouverture au monde et des grands rassemblements. Je pourrais ne pas m’arrêter, tant l’Inde, pays de contrastes et de paradoxes, est grande en tout ; dans ses jours de fête et sur ses lieux de rencontre où ses habitants se déplacent par millions pour chanter la vie, ou alors contester avec véhémence le pouvoir des hommes tout en honorant celui des dieux  !

  
L’Inde a aussi ses jours gris ; c’est l’Inde de la corruption, du fossé entre riches et pauvres ; en définitive c’est l’Inde de la pauvreté. C’est bien sur ce point que je mettrai l’accent dans ce blog ; comme pour vous dire que si je suis ici, c’est donc que je suis là pour ça ! Il ne faut surtout pas que je m’emporte et fasse mon présomptueux ; que je me prenne pour un « réincarné » de la cuisse de Jupiter ou de Vishnou. Non, je ne suis qu’une minuscule goutte d’eau qui est tombée dans une immensité de mer d’humains, chiffrés aux alentours du milliard et trois cent millions, juste derrière la Chine, mais bientôt devant !

Je poursuis ma présentation de l’Inde avec l’envie de la partager avec mes amis. Son 138ème rang sur 187 pays selon l’indice du développement humain [IDH – 2012] ne laisse aucun doute à ce sujet. Le Programme des Nations Unies pour le Développement [PNUD] considère qu’à la même époque, près d’un demi-milliard d’indiens vivent dans la pauvreté, à savoir avec moins de 1,25 dollar par jour. Ces chiffres signifient, mais quelle surprise, que le 40% des pauvres de la planète Terre sont indiens. Cela pourrait bien sûr justifier notre présence en Inde depuis maintenant 18 années ; mais ce n’est pas, comme déjà dit, notre propos !

À travers la vie des Sundarbans

Me trouvant à Raidighi depuis une semaine, une bourgade aux portes des îles Sundarbans, c’est de ce coin de l’Inde dont je souhaite vous parler plus concrètement. Avec Nandalal Baidya, le responsable de nos programmes scolaires, sociaux et économiques de cette région qui se confine au district de « South 24 Parganas », nous avons tenté de faire le point de la situation en ce qui concerne certaines questions telles que (1) la répartition de la population par classes "économiques", (2) le droit d’accès à la propriété de la terre et au monde des affaires et des services (3) la provenance de nos étudiants en fonction de leur appartenance aux classes indiquées ci-dessus. (4) Les différents taux d’alphabétisation en fonction de ces classes. Tout d’abord je vous donnerai quelques chiffres pour situer les îles Sundarbans dans l’Etat de l’Ouest Bengale dont elles font partie à titre de district, South 24 Parganas.


L’Ouest Bengale, l’un des 28 Etats fédérés de l’Inde compte plus de 90 millions d’habitants ; sa densité est d’un peu plus de 1'000 habitants au kilomètre carré et sa superficie de 88'752 kilomètres carrés. Cet Etat de l’Inde est réparti en 19 districts dont celui d’où je vous écris aujourd’hui, South 24 Parganas. Sa population est constituée de 73% d’hindous, de 25% de musulmans et de 2% d’autres religions.

À l’échelle de l’Inde, les pourcentages sont contestés par certains qui prétendent une répartition quelque peu trop optimiste en faveur de la population hindoue ; 80% d’hindous, 15% de musulmans et 5% d’autres. Ce que je peux vous dire de mon côté, c’est que d’un avis unanime, la population musulmane a tendance à croître plus rapidement que la population hindoue ; et cela pour plusieurs raisons dont je relèverai ici la principale, le taux de naissance supérieur chez les musulmans et la réticence de ceux-ci à appliquer le planning familial qui leur est proposé.


Le district de South 24 Parganas,en comparaison de l’Ouest Bengale, a une population d’un peu plus de 8 millions d’êtres ; sa densité est de 800 habitants au kilomètre carré et sa superficie de 9'960 kilomètres carrés. Il est davantage rural, riche de ses forêts et de sa mangrove. Ses habitants sont à 66% hindous, 33% musulmans et 1% autres. Nous notons une plus forte proportion de musulmans comparée à l’ensemble de l’Etat du Bengale et le l’Inde en général, comme nous l’avons vu plus haut.


Revenons maintenant à notre analyse sur le terrain ! Nandalal Baidya me propose de répartir la population des Sundarbans en 3 classes économiques distinctes ; la classe des pauvres, la classe moyenne, la classe des riches. Il est de notoriété ici que les pauvres représentent le 45% du peuple des Sundarbans, la classe moyenne 40% et les riches 15%.


Une petite analyse socio-économique vous est présentée ici. Si l’on considère ces 3 classes en leur attribuant le "droit à la propriété", le droit aux affaires [entendez le droit à l’accès au business] et aux services [entendez le droit à l’accès aux postes de travail du gouvernement], alors nous sommes stupéfaits de constater que la valeur du facteur travail, en terme de produit économique, devient pour la classe des pauvres quasiment "égale à 0" !

C’est bien le comble pour cette catégorie de la population qui ne fait que travailler ; mais elle n’exerce que pour survivre, dans les plus basses besognes de l’économie de la terre possédée par les riches ! Outre son salaire de misère, elle n’en retire aucun profit en termes de valeur ajoutée à son travail. Ainsi ces 3 catégories, en termes de détention de richesse locale [en référence théorique à la richesse nationale] s’établit comme suit ; 0% pour les pauvres, 20% pour la classe moyenne et 80% pour les riches ! Vous avez dit "bizarre" ! Et bien je suis d’accord avec vous, je dis aussi "bizarre" !


D’où viennent nos élèves ? Voilà une question que je pose à Nandalal Baidya. Selon lui, 75% font partie de la  classe des pauvres, 23% de la classe moyenne et 2% de celle des riches. Nous rencontrons quelques enfants de riches familles [quoique très peu] et davantage issus de la classe moyenne. Cela provient du fait que nous travaillons dans des zones particulièrement isolées dont certaines sont des îles qui ne sont accessibles que par bateau ; cela peut suffire à expliquer qu’un très faible pourcentage d’enfants aisés joigne nos écoles ; ce même raisonnement s’applique aussi pour les enfants provenant de classe moyenne.


La question de l’analphabétisme doit bien entendu être traitée par Ecoles de la Terre. Le taux d’alphabétisme indiqué par le gouvernement bengali est de 75%. Un gros problème réside dans le fait qu’il considère un individu comme alphabétisé s’il peut signer et écrire son nom [seulement]. Nous nous apercevons donc que la réalité est toute autre.

Avec Nandalal nous estimons que le taux d’alphabétisation du district  de South 24 Parganas [des Sundarbans] n’est plus de 75% mais de l’ordre de 45% à 50%, si nous considérons que l’alphabétisation est un outil au service du développement économique ; et qu’une personne n’est plus analphabète lorsqu’elle a acquis les connaissances et compétences indispensables à l’exercice de toutes les activités nécessaires pour jouer efficacement un rôle dans son groupe et sa communauté; et dont les résultats atteints en lecture, en écriture et en arithmétique sont tels qu’ils lui permettent de continuer à mettre ces aptitudes au service de son développement propre et au développement de la société dont il fait partie, afin de participer activement à la vie de son pays. C’est exactement l’avis déclaré par l’UNESCO en la matière en 1962.
  
 

En comparaison des exigences du gouvernement indien, la nuance est de taille. Pour illustrer ce tour de passe-passe, nous nous sommes plongés auprès de deux familles de Raidighi afin de mieux nous rendre compte de la complexité des statistiques. Ainsi, pour la famille de Nandalal Baidya composée de 12 membres, le gouvernement considère qu’un individu est analphabète et 11 sont lettrés. Selon l’UNESCO, 3 sont analphabètes et 9 sont lettrés. Pour l’autre famille constituée de 10 membres, celle de Budhiswar Purkait, un enseignant d’Ecoles de la Terre aux Sundarbans, 2 sont considérés comme analphabètes et 8 comme lettrés selon le gouvernement ; selon l’UNESCO le rapport est tout autre, 4 deviennent analphabètes alors que 6 sont lettrés. Nous pourrions multiplier les exemples, dont certains plus frappants encore ; notre but n’est que de soulever ce "lièvre des statistiques".


Chères amies, chers amis, je suis bien conscient d’avoir été long ; comment aurais-je pu faire autrement, si ce n’est que de vous accorder du temps et vous apporter le plus d’informations possibles sur l’expérience que je vis avec Ecoles de la Terre dans les Sundarbans.

Nous y sommes depuis le début de nos activités  en Inde et nous pouvons observer aujourd’hui, dans bien des domaines, que la  roue commence à tourner, que nombre  de  familles des villages s’engagent davantage pour l’éducation de leurs enfants et s’investissent toujours mieux dans la création de petites entreprises afin d’accroître leur autonomie et préparer de meilleures conditions de vie pour leurs enfants.


Avec mes pensées les plus chaleureuses.

Martial Salamolard

Pour ECOLES DE LA TERRE

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