Ecoles de la Terre un jour - Ecoles de la Terre toujours !

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samedi 26 avril 2008

“LE PROJET EAU” UN NOUVEAU PROGRAMME EN MARCHE

Je ne pourrais pas etre mieux situe, en Inde, que je ne le suis en ce moment, pour vous parler de notre nouveau programme sur l’eau. Je suis a Jaisalmer, dans le district du meme nom depuis une semaine et j’apprecie, a sa juste chaleur, l’arrivee triomphante et etouffante de l’ete indien ; je vous parle de l’ete indien en Inde, non en Europe, car la nuance est de taille, disons du simple au double, puisque le thermometre affiche en ce 25 avril 2008 les 45 degres brulants et tappants. Avant de vous parler de notre premiere experience sur le terrain, en ce qui concerne le demarrage du projet, je souhaite faire un clin d’oeil tout particulier a DANIELE ET JACQUES MARTIN, sans qui nous n’en serions pas encore ou nous sommes actuellement dans l’avancement de notre « Programme Eau ». Daniele et Jacques sont les geniteurs de la FONDATION « CEDRIC MARTIN », cree au mois de juin 2000, en souvenir de leur fils CEDRIC, assassine le 9 juin 1996 alors qu’il se trouvait en mission humanitaire en Afrique, precisement au Burundi. Si mon ame s’embellit de l’effort deploye pour cette noble cause, a savoir offrir a des populations particulierement pauvres de l’eau potable de qualite, c’est aussi grace a lui, Cedric, que je salue de mon coeur ! Le but de la Fondation « Cedric Martin » est de venir en aide a des communautes necessitant une urgente amelioration sanitaire, notamment en matiere d’assainissement et de distribution des eaux. Depuis maintenant pres de 8 ans, ils ont ainsi demarre et developpe differents projets, notamment au Nicaragua, en Roumanie, en Inde et meme en Suisse. Je crois savoir qu’ils vont prochainement se rendre en Armenie pour une nouvelle mission. A ce jour, nous avons deja la chance de beneficier de ses conseils et de son soutien.

L’eau c’est la vie ! C’est un peu comme l’air, nous ne nous rendons bien souvent peu compte de leur extreme importance, tant ces elements nous semblent couler de sources que nous pensons, a grand tort, inepuisables, voire inalterables. Et nous savons bien que ce genre de reflexion ne souffre d’aucune exception a travers l’ensemble de notre petite planete verte et bleue ! Il est clair, comme l’eau de nos montagnes, que les problemes lies a l’approvisionnement, la distribution et l’assainissement de l’eau dependent fortement du niveau de developpement des nos societes dans lesquelles nous nous trouvons. C’est donc bien sur ce point que je veux insister dans le present « blog ».
Je vous parlerai des difficultes, en ce domaine, recontrees dans les diverses regions ou « Ecoles de la Terre » travaille. Selon les regions de l’Inde ou nous nous situons, les problemes se posent souvent de maniere bien differente, compte tenu des elements geo-physique, climatique, geographique, voire geo-politique qui les caracterisent. L’eau s’infiltre, passez-moi l’expression, dans un contexte de developpement a l’echelle du systeme de vie dont chaque element est interdependant de tous les autres, et vice-versa. J’evoque ici ce postulat en l’illustrant de notre experience dans les districts indiens ou nous sommes. Faisons donc un petit voyage a travers une partie de l’Inde. Nous nous deplacerons du Sud au Nord et d’Est en Ouest ; soit des iles Sunderban dans la baie du Gange au district de Jaisalmer dans l’Etat du Rajastan, non sans nous arreter, a Calcutta et dans l’Etat du Bihar.

DANS LES ILES SUNDERBANS, le probleme majeur est lie au degre de salinisation des eaux. Par ailleurs, il s’agit bien d’iles entourees d’eau de mer, l’ocean indien venant embrasser de toutes ses forces les bouches du Gange qui etreignent les iles Sunderbans ; celles-ci s’etendent tout au long d’une grande baie, de l’Ouest Bengale jusqu’au Bengladesh. Au surplus, d’autres phenomenes naturels font que nombre de nappes d’eau contiennent des substances nocives ; en effet, depuis quelques années, une difficulté supplémentaire est apparue: les nappes phréatiques sont contaminées par une pollution à l’arsenic. Le problème est gigantesque et similaire à celui, plus médiatisé, du Bangladesh voisin. Ses conséquences sanitaires peuvent devenir catastrophiques. Je peux bien affirmer ici que les habitants des Sunderbans n’ont pas de chance: l’eau du Gange qui les entoure de toutes parts est trop salée pour être bue et l’eau de pluie collectée par les bassins est adaptée à l’agriculture mais n’est pas non plus potable.Sur un territoire tel que celui-la, les difficultes rencontrees sont liees autant a l’approvisionnement qu’au degre de qualite de l’eau. Et c’est cependant vers la solution de la collecte des eaux de pluie que certains organismes semblent a l’heure actuelle se tourner ; et a mon humble avis, a juste titre.. D’ailleurs, dans les Sunderbans, les habitants ont l’habitude depuis longtemps de creuser des petits trous dans la terre, mais jamais de manière systématique et seulement pour subvenir à leurs besoins domestiques. Il faudrait donc developper ce principe d’approvisionnement et la systematiser ensuite aussi bien pour les besoins domestiques que pour les travaux des champs et de la ferme. Durant les 3 mois de mousson il serait possible de remplir de grands bassins construits a cet effet et d’assurer ainsi davantage qu’une seule recolte annuelle, insuffisante pour subvenir aux besoins de la population durant toute une annee. Certaines organisations, je crois, ont deja planche sur ce sujet. En realite, le principe est plutot simple. Nous collecterions et stockerions l’eau douce de la mousson et nous l’utiliserions ensuite pour l’irrigation et l’usage domestique le reste de l’année. Dans cette région où l’eau salée est partout, l’application systématique de cette idée peut s’averer etre la meilleure solutions pour les habitants des Sunderbans.

DANS LA MEGAPOLE DE CALCUTTA, la situation est bien entendu fort differente. Le reseau de distribution du service gouvernemental des eaux existe bel et bien, cela meme s’il ne quadrille pas l’ensemble des quartiers et n’est pas toujours fiable du point de vue des canalisations. Et vous pensez bien, que dans les quartiers miserables, les bidonvilles pour ne pas les nommer, ou nous travaillons, les problemes lies a l’eau sont encore plus cruciaux. L’approvisionnement, provenant des grandes bouches (de stockage) gouvernementales, n’est d’une part pas assure convenablement et d’autre part, ne represente pas un gage de fiabilite quant a la qualite de son eau.
S’il me fallait tracer un portrait « rustique » de la vie dans un bidonville, vue sous l’aspect de l’eau, je pourrais vous dire ceci : L’eau provient des rivières que la municipalite purifie et stocke ensuite. Les points d’eau du bidonville se distinguent soit par un trou rectangulaire, d’environ 50 cm sur 70 cm, creusé dans le trottoir et muni d’un robinet, soit par une pompe a eau. Chaque point d’eau est utilisé par de nombreuses familles (pres d’une trentaine, ce qui représente 2 a 300 personnes). Les gens n’ont d’autre solution que de faire la queue plusieurs fois par jour afin d’obtenir de l’eau. Pour en avoir suffisamment pour toute leur famille, ils doivent faire plusieurs allers et retours avec des sceaux très lourds ; et ce sont tres souvent les enfants qui sont charges de cette corvee. Les périodes de distribution de l’eau sont souvent réglementées (3 a 4 fois par jour). A ces problèmes de distribution s’ajoute bien evidemment celui de la qualité. L’eau est est le plus souvent souillée car les conduites sont très anciennes et mal entretenues. Sans vouloir traiter ce sujet de maniere approfondie, nous devons bien admettre que cette eau impropre est à l'origine de nombreux problèmes de santé. C’est d’ailleurs la principale raison qui a motive « Ecoles de la Terre » a demarrer cet important projet. Par manque d’argent et de place, les gens n’ont pas de salle de bain; hommes et femmes se lavent au point d’eau le plus proche de chez eux. Il se retrouvent tout simplement sur le trottoir. Ils se lavent une fois par jour, mais vu le manque d’intimité, il leur est impossible de se déshabiller. Enfin, pour des raisons financières, ils ne peuvent utiliser du savon chaque jour. La lessive se fait par terre, où les déchets se mélangent à la poussière et à la pollution. De ce fait, la saleté du corps et des vêtements ne peut jamais être totalement éliminée. Les toilettes du bidonville consistent en un trou dans la terre, utilisé par plusieurs familles. Chaque matin les gens font donc la queue pour faire leur besoin, sauf les enfants qui eux, reglent tres souvent ce probleme ou qu’ils se trouvent. Il n’y a bien entendu pas suffisamment d’eau pour assurer une bonne hygiene des toilettes. Toute l’infrastructure sanitaire devient ainsi un terrain fertile au développement et a la transmission de nombreuses maladies, toutes infectieuses.

LA SITUATION AU BIHAR va nous paraitre paradoxale. Dans cet Etat de l’Inde, nous ne pouvons introduire un quelconque chapitre sans parler de la situation politique et sociale de cette region, consideree par d’aucuns comme la plus arrieree, la plus pauvre et la plus corrompue du subcontinent indien. On nous dit souvent que le Bihar n’a rien d’autre a offrir que son histoire. Corrompu et criminalise, le developpement a beaucoup de peine a prendre le pas sur la guerre des castes et des politiques qui n’ont d’autres interets que le pouvoir et l’argent. Cette region tres peuplee, a vocation essentiellement agricole (plus des deux tiers de la population active), est pourtant mieux desservie en eau que ne le sont les 3 autres regions ou nous avons des ecoles (Les Sunderbans, Calcutta et le Rajasthan).
Traverse d’ouest en est par le Gange, le Bihar possede une plaine alluviale plutot fertile. Certains grands barrages ont ete edifies depuis l’independance et on necessite des deplacements massifs de population. L’Etat demeure pauvre et les caste les plus basses, principalement les « dalits – les sans terre et les intouchables », souffrent particulierement de ce triste etat de fait. D’un point de vue domestique, l’infrastructure en matiere d’approvisionnement en eau n’a encore jamais presente un reel interet pour les autorites en place, davantage preoccupees par leurs luttes fratricides pour le pouvoir que par les conditions de vie de ses « sujets », passez-moi l’expression. Ecoles de la Terre travaille essentiellement dans les zones rurales ; la, nous observons effectivement le caractere feodal de tout ce qui concerne la distribution en eau. Certes, des ONG, comme Ecoles de la Terre d’ailleurs, forent chaque annee des centaines de puits dans la multitude de villages des districts du Bihar, mais ces actions demeurent desordonnees et n’entrent pas dans un veritable plan de developpement hydrologique. Ainsi, pour ce qui concerne les zones rurales ou nous nous trouvons, la seule issue pour l’instant est d’atteindre les nappes d’eau et de se procurer l’or transparent de maniere artisanale. Et le Bihar n’est pas a l’abri des phenomes de pollutions des nappes phreatiques rencontrees dans de nombreuses regions de l’Inde. Recemment de nombreux cas d’empoisonnement a l’arsenic ont ete signale dans cet Etat. Des equipes de chercheurs ont travaille a l’echantillonage de puits de villages. Il s’est avere que la moitie de ces puits contenait cinq fois la limite tolerable d’arsenic. Le Delta du Gange pourrait bien representer la partie visible de l’iceberg de la pollution de l’eau en Inde, mais encore dans toute l’Asie du Sud Est.

L’ETAT DU RAJASTHAN est bien connu pour son desert du Thar et les questions relatives a l’eau revetent un caractere des plus particuliers. Le barrage de Pong (situe dans l’Etat de l’Himachal Pradesh) joue un rôle essentiel dans l'irrigation du Rajasthan. Un canal, appele aujourd’hui « Indira Gandhi », assure le passage de l’eau du Penjab au Rajasthan sur une distance de pres de 700 kilometres dont environ 500 se trouvent etre au Rajasthan. La mise en valeur du Rajasthan, Etat semi-désertique, nécessitait la construction d’un tel canal afin d’approvisionner en eau nombre de districts desseches. Commencé en 1958, il n'a été achevé, pour l'essentiel, qu'en 1987, avec beaucoup de retard. Même si la qualité technique des réalisations laisse parfois à désirer, en partie à cause de la corruption, le canal n'en constitue pas moins une œuvre remarquable qui amène l'eau de l'Himalaya jusqu'au désert. Déjà des champs florissants apparaissent à l'emplacement d’anciennes dunes. En fait, les canaux de dérivation secondaires, sans lesquels l'irrigation ne peut pas être vraiment profitable pour l'ensemble de la zone, n'ont pas tous été terminés. Il faudra sans doute attendre encore quelques annees avant l'achèvement total des travaux. Les modifications apportées au projet, par exemple la décision de faire un revêtement de brique et non pas de terre, ce qui diminue les pertes par infiltration, ont engendré un surcoût. D’autre part, le gouvernement a construit des pipe-lines destines a approvisionner certaines regions difficiles d’acces. Au surplus des raccordements de pipe-lines prives se sont ajoutes aux gouvernementaux.
Vous comprendrez mieux l’inextricable puzzle qu’il s’agit de mettre en place au Rajasthan en ce qui concerne la distribution de l’eau. Les canaux et les pipes-lines n’acheminent l’eau qu’a certains points bien precis. Il s’agit ensuite, pour les villages les plus recules, de prevoir un autre type d’acheminement. Ainsi, l’eau est-elle distribuee par dos d’anes ou de chameaux, ainsi que par camions, dans nombre de villages de cet Etat. C’est d’ailleurs le cas pour deux de nos ecoles ou nous avons construit deux « tanks a eau » afin de la conserver pour l’usage courant. Si une ville comme Jaisalmer peut se targuer d’avoir une distribution d’eau dans la plupart des maisons, cela n’est pas le cas du tout dans la multitude de villages de son district. Comme dans toutes les autres situations depeintes dans ce modeste rapport, demeure bien evidemment reservee la grande question relative a la qualite. Cette question annonce la conclusion a ce present blog qui ne fait qu’un bref tour d’horizon de tous les problemes que nous pouvons rencontrer en la matiere.

EN CONCLUSION, je vous dirai que la tache est aussi grande qu’ardue et compliquee. Nous n’en sommes qu’a nos debuts. Durant ce sejour nous auront procede a une premiere collecte d’echantillonnages d’eau dans tous les points ou Ecoles de la Terre travaille en ce moment.
Grace a l’intervention de la Fondation « Cedric Martin », nous avons la chance de pouvoir remettre ces echantillons a l’analyse du departement des Sciences de la Terre – de la Faculte des Sciences de l’Universite de Geneve – afin d’avoir une premiere vue sur l’etat de qualite des diverses sources que nous aurons ainsi testees. Nous profitons de remercier le Professeur WILDI et son equipe des Sciences de la Terre de nous avoir si gentiment propose de proceder a cette premiere analyse. J’amenerai personnellement a Geneve les derniers echantillons preleves en ville de Calcutta et dans les iles Sunderbans, les premiers, concernant le Bihar et le Rajasthan, ayant deja ete remis par Marina Dupuis au mois de mars dernier.

Je vous remercie infiniment de suivre les projets d’Ecoles de la Terre.





Martial Salamolard - pour ECOLES DE LA TERRE

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